Un nordique à l’Assemblée Nationale

Le 9 mai 2014, j’ai officiellement pris la relève d’Axelle Lemaire, nommée Secrétaire d’Etat au Numérique par le Premier Ministre, pour assumer le mandat de député des Français d’Europe du Nord. Il se trouve que c´est également la journée de l’Europe en mémoire de la déclaration de Robert Schumann du 9 mai 1950 qui a défini les contours du projet européen. J’observe, en vivant à l´étranger, la manière dont l’Europe a changé nos relations au quotidien : les échanges Erasmus sont devenus une banalité, la mobilité professionnelle est beaucoup plus fluide qu’avant et les coopérations se sont renforcées entre tous ces pays. Nous avons la chance de circuler librement au sein des pays de l’Union et d’ouvrir nos horizons de vie. C´est aussi un choix effectué par nombre d’entre nous qui vivons à l´étranger.

Le 9 mai 2004, j’ai eu le privilège d’assister à une session plénière du Parlement européen à Strasbourg où les députés allaient se prononcer sur l’élargissement de l’Union européenne à dix nouveaux pays. Le vote était solennel, l’ambiance était unanime et les quelques voix dissonantes ne pouvaient troubler le sens de l’histoire. Certes, nous pouvons imaginer d’autres solutions aux problèmes inévitables posés par des niveaux de vie et des cultures politiques économiques et politiques différentes entre les États-membres, mais le projet européen doit se renforcer pour que les 550 millions de citoyens se sentent fiers d’appartenir à cette zone d’équilibre géopolitique entre l’affirmation de nouvelles grandes puissances sur la scène mondiale.

Le projet socialiste adopté en 2011 introduisait une idée nouvelle, celle de « juste échange », c’est-à-dire qu’au-delà des relations économiques, les échanges pouvaient s’accompagner d’une relation culturelle et parfois politique. J’aimerais en faire le vecteur de mon mandat au service des préoccupations des Français d’Europe du Nord. Le juste échange signifie l´ajustement des relations entre acteurs économiques, politiques et sociaux, la recherche d´un équilibre et d´une ambition partagés. Le juste échange, c’est aussi permettre à nos entrepreneurs présents dans les pays d’Europe du Nord de développer une stratégie gagnante sur le long terme, peut-être davantage fondée sur la pratique du multilinguisme pour diversifier les marchés. Les entrepreneurs français présents à l’étranger sont l´un des moteurs de notre commerce extérieur et je pense qu’il est important de les valoriser. Dans l’idée de juste échange résonne d’une certaine manière l’entrepreneuriat solidaire reposant sur l’innovation dans des secteurs tels que le numérique et l’environnement.

Le juste échange repose aussi sur l’affirmation d´un multilinguisme qui est à la source du projet européen puisque la stratégie de Barcelone prévoyait que les citoyens européens puissent à terme communiquer dans deux autres langues étrangères en Europe. Cet objectif reste largement idéal, mais il se trouve que beaucoup de nos compatriotes ont des enfants scolarisés dans des établissements bilingues et parfois des écoles locales. Le renforcement du français via les programmes F.L.A.M (Français LAngue Maternelle) et la mise en réseau des établissements bilingues me semblent des démarches nécessaires pour appuyer cette dynamique d´échanges et approfondir à long terme toutes les relations bilatérales entre les pays de la troisième circonscription et la France. J’y vois également un sursaut opportun pour la langue française qui peut exploiter son statut original de langue internationale avec un ancrage dans chaque continent. La francophonie est largement tournée vers les pays du sud, elle pourrait être également un atout pour tous ces pays d’Europe du Nord souhaitant diversifier leurs relations économiques et culturelles.

Je souhaite apporter une sensibilité nordique aux travaux de l’Assemblée Nationale avec notamment la préparation du pacte de solidarité. La connaissance intime des sociétés nordiques permettra d’apporter des éléments de mise en perspective des grands débats qui structureront la fin de cette mandature. La mise en place d’un réel compromis social, le redéploiement des compétences des collectivités locales au sein d’une refonte territoriale favorisant l’harmonisation de la couverture sociale sont les défis de ces prochaines années. Il est important de prendre le temps de ce débat pour élaborer les meilleures réformes dont notre société a besoin car la réussite de la gauche dépend de la mise en œuvre d’un redressement dans la justice sociale. Les évolutions dans l’allocation des ressources communes méritent ainsi d’être appréhendées au regard des finalités de nos dispositifs publics. En réalité, les véritables compromis sont bien ceux qui redéfinissent et améliorent les principes de notre contrat social sur le long terme.

Cette prise de fonction le 9 mai 2014 est l’occasion de rappeler la nécessité d’aller voter lors des élections européennes et consulaires du 25 mai 2014. L’avenir de l’Europe se joue dans celui de sa représentation : envoyer des partis anti-européens aux réflexes nationalistes ne permettra pas de trouver des solutions efficaces à la grande crise que nous traversons. Il est donc important de se mobiliser autour des programmes et de redonner sens au projet européen à travers son vote. En outre, les élections consulaires seront la première occasion d´élire des conseillers de proximité servant de médiateurs à l’étranger entre nos compatriotes et l’administration. Ces élections complètent la représentation politique inédite des Français de l’étranger en lui donnant une assise et des relais solides. Ce sera l’occasion pour moi de travailler aux côtés des nouveaux conseillers de la troisième circonscription pour que les préoccupations locales trouvent un écho dans la relation aux administrations.