Philosophie, éthique et technique, conférence donnée à l’ENSEIRB-MATMECA de l’Institut national polytechnique de Bordeaux

À l´invitation des étudiants de l’ENSEIRB-MATMECA, de leur professeur Olivier Sigaut et du créateur du département robot de cette école Denis Lapoire, j’ai animé un séminaire sur les questions de technique dans nos sociétés démocratiques. Ce fut l’occasion devant un public composé d´informaticiens et d’ingénieurs d´évoquer les enjeux éthiques de la robotique. Dans un contexte où les salons de drones civils et militaires se multiplient, j’ai rappelé qu’un groupe d´études sur l´industrie des drones avait été créé à l’Assemblée Nationale en 2014. En dressant un panorama de la réflexion humaniste sur l’évolution de la technique, j’ai insisté sur le fait de favoriser par la démocratie participative une réflexion sur l’agir technique. Quelle est la finalité des objets techniques qui nous entourent? En m’appuyant sur l´œuvre de Gilbert Simondon, je pense que nous devons développer une culture des objets techniques et numériques qui constituent notre quotidien. Cette culture ne se confond pas avec la maîtrise technique des outils, elle nous invite à prendre de la distance avec le monde des ordinateurs qui constitue selon Michel Serres une nouvelle forme de théologie moderne. À 12h, nous nous sommes arrêtés pour dessiner en silence en hommage aux victimes de l’attentat perpétré contre Charlie Hebdo. Les étudiants ont affiché leurs dessins sur les murs et nous avons continué à réfléchir ensemble sur la manière d’élaborer une plateforme de démocratie technique. Ce qui m’a frappé dans ce séminaire où les étudiants avaient une réflexion poussée sur ces enjeux, c´est le fait que nous ayons discuté sans avoir recours aux tablettes et aux ordinateurs. Des étudiants rompus à la culture numérique avaient pris le parti de débrancher et de prendre des notes au stylo. En d’autres termes, leur conclusion était la suivante: le numérique peut favoriser les innovations pédagogiques, mais la généralisation du haut débit et des fibres optiques ne remplaceront pas le cadre collectif de l’enseignement. Au moment où la liberté d´expression est atteinte, il importe de diffuser le plus largement possible cet esprit humaniste plutôt que d’investir dans davantage de dispositifs de surveillance. C´est l’hommage qu’ils souhaitaient rendre aux journalistes de Charlie Hebdo.