Axelle LEMAIRE a clôturé le colloque de la Fédération des Alliances françaises sur « L’avenir numérique des Alliances françaises »

Devant 500 présidents et directeurs d’Alliances françaises venus de 80 pays, Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat au Numérique, a conclu un colloque de trois jours dédié à « l’avenir numérique des Alliances françaises ».

Présentes à travers le monde pour proposer des enseignements de langue française mais aussi plus généralement défendre la diversité culturelle, les Alliances françaises portent des valeurs universelles de respect de l’autre, de liberté d’expression et d’émancipation individuelle par la culture.

Les Alliances françaises se sont engagées dans l’aventure numérique à la fois dans leurs fonctionnements internes et dans les outils pédagogiques qu’elles mobilisent. Leurs étudiants y gagnent une ouverture sur le monde francophone. En clôture de ces journées d’études et d’échanges, Axelle Lemaire a présenté les grands axes de la politique numérique de la France et les priorités du gouvernement pour un numérique inclusif pour tous et par tous en France et à l’international.

« La République numérique porte des valeurs universelles, celles qui ont attiré et attirent les étudiants du monde vers la culture française. Je sais que le réseau des Alliances françaises fait rayonner les valeurs de liberté, d’égalité devant le savoir, de fraternité et d’échange entre les cultures » a déclaré Axelle Lemaire.

Vous trouverez son discours ci-dessous :

C’est avec un plaisir tout particulier que je viens aujourd’hui clore vos débats et vos échanges autour du numérique dans les Alliances Françaises. En tant que secrétaire d’Etat au Numérique, tout d’abord, je me réjouis de voir les Alliances engagées dans la révolution numérique qui caractérise notre époque. Mais c’est également en tant que Française du monde, ancienne résidente du Québec puis de Londres, et enfin en tant que députée des Français du Nord de l’Europe que je m’adresse à vous.

Partout où elles sont implantées, les Alliances françaises sont des lieux de culture et d’ouverture aux autres, ces institutions de passage de la langue française – voire d’invention de la langue française parmi les « francophilophones » que théorisait Jacques Attali. Elles incarnent la conviction française que parmi les valeurs universelles figure la diversité culturelle. Dans les salles de classe des Alliances françaises se tissent des liens entre élèves aux histoires personnelles différentes mais qui ont en partage cette culture française.

Ce mot même d’alliance traduit joliment l’ambition qui est la vôtre : forger des citoyens du monde qui aient un attachement intime à la culture française.

A ce croisement des cultures il vous faut depuis plusieurs années ajouter la culture numérique : celle de l’accès instantané à une forme de vérité mais également à mille formes de mensonges, celle d’une interaction toujours plus rapide et potentiellement mondiale mais paradoxalement de plus en plus localisée, celle d’une transmission horizontale des connaissances et des opinions et cependant de l’importance de quelques grands acteurs.

Les débats que vous avez pu avoir pendant ce colloque ont pu vous permettre d’échanger sur le potentiel éducatif formidable que représente le numérique. J’aimerai vous donner quelques éclairages sur ce que nous entreprenons en France en matière d’éducation numérique mais plus largement, vous exposer comment le Gouvernement entend déployer une stratégie d’ensemble qui fasse l’alliance entre les valeurs qui fondent ce que nous sommes et ces nouveaux outils numériques, ce que j’appelle fonder une « République numérique ».

La République numérique pour moi est une question de libertés politiques, de dynamique économique et de justice sociale.

  1. La République numérique c’est avant tout une nouvelle manière de préparer la législation, plus transparente et plus participative.

Pour la préparation du projet de loi numérique, le Premier ministre a engagé une grande concertation, à la fois en ligne et lors de journées contributives décentralisées à Lille, Strasbourg, Bordeaux, Nantes pour mobiliser citoyens, entreprises, administrations, collectivités locales et société civile pour définir ensemble notre projet numérique. La plate-forme en ligne dédiée, ouverte jusqu’au 4 février 2015, a reçu à ce jour plus de 3 000 contributions.

J’ai exposé les grandes lignes du projet de loi devant les députés le 14 janvier, les invitant à en débattre et à se saisir de cette opportunité pour donner à notre pays 5 ans d’avance dans l’économie de la donnée qui sera celle des décennies à venir et donner à nos citoyens de nouveaux moyens d’action, pour que leur émancipation numérique.

L’Assemblée nationale et le Sénat ont largement ouvert leurs données publiques, permettant à des chercheurs comme Bruno Latour et ses équipes de proposer des outils de suivi de la « fabrique de la loi », les débats sont de plus en plus souvent filmés et visibles en ligne, il y a un véritable mouvement vers plus de transparence et d’implication citoyenne dans la décision politique.

  1. La République numérique, c’est un mouvement de toute l’économie,  ce n’est pas la Tech City de Londres – que je connais bien – ou la « start-up nation » qu’est Israël,:
  • nos start-ups bien sur, désormais fédérées autour de la bannière de la French Tech, largement remarquée lors du Consumer Electronics Show aux États-Unis, mais présente du Vietnam au Mali ;
  • nos grands groupes qu’il faut mobiliser pour qu’ils favorisent l’innovation ouverte et encouragent l’initiative dans leurs équipes et dans leur entourage : vous les cotoyez à l’international, certains de vos élèves travaillent sans doute dans des groupes français ou souhaitent le faire à l’avenir – c’est bien en s’ouvrant à l’innovation venue d’ailleurs que l’on conquiert le monde
  • mais il s’agit bien de dynamiser tous les territoires, avec le déploiement du très haut débit partout en France d’ici 2022, un choix technologique ambitieux qui nous donnera un temps d’avance et de doter les TPE et PME des infrastructures et de l’appui nécessaire à leur épanouissement économique ;
  • le pilier de cette nouvelle économie, c’est la donnée. L’ère du Big Data, de la mégadonnée dirait on en français, qui consiste à réinventer les modèles d’affaires de manière plus prédictive, mieux ciblées et plus efficaces car personnalisées de façon massive. 

Cependant, plus que le Big Data, j’aimerai que cette nouvelle économie soit celle de la Magna Data, un terme latin que je vous soumets, qui allierait les vertus économiques de la donnée et la tradition de libertés politiques qu’incarne la Magna Carta et l’ensemble des valeurs des Lumières que les Alliances portent aussi à travers le monde.

Avec la loi relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, nous avons été précurseurs, dès 1978. Mais c’était avant internet, avant les réseaux sociaux. De nouveaux droits peuvent être imaginés, au-delà de la seule question des données personnelles comme par exemple faciliter l’accès au contenu des informations détenues sur soi par des tiers ; développer des actions collectives par lesquelles les usagers des services en ligne pourraient peser davantage face aux géants de l’internet ou encore créer un droit au déréférencement, voire à l’effacement des données sur internet, qui s’appliquerait automatiquement pour les mineurs,

  1. La République numérique enfin, c’est un projet éducatif, culturel, social qui peut se porter à travers le monde.

Le Président de la République a annoncé lors de son allocution de rentrée un grand plan numérique à l’école. Ceci concernera bien entendu au premier chef les écoles et les collèges en France, mais ce plan a pour ambition de soutenir le développement d’une filière industrielle solide qui viendra conforter vos kits pédagogiques, et aider vos élèves dans leur appropriation de la langue.

Au-delà des MOOCS et des applications sur tablette ou sur écran, il y a une éducation AU numérique à développer dans l’ensemble de notre système éducatif. C’est l’objectif politique de l’enseignement du code à l’école : je préfère que nos enfants « sachent programmer la machine pour éviter qu’elle ne les programme ». C’est également parce que l’expérience d’écoles comme Simplon.co montrent que l’informatique peut être un levier pour une 2e chance que je crois à un numérique inclusif, facteur de réussite pour tous.

Comme souvent, la France regorge d’initiatives locales et d’acteurs de terrain qui développent une vision nouvelle de ces enjeux : notre objectif est de capitaliser sur ces expériences pour les « faire passer à l’échelle » et les étendre à tout le système éducatif français : c’est bien l’objectif de la concertation sur le numérique que j’ai lancée avec le Premier Ministre mais également de celle, plus spécifique, que vient de lancer Najat Vallaud-Belkacem sur le numérique à l’école pour en préparer la généralisation à la rentrée 2016, au collège, comme l’a annoncé le Président de la République. Un prédéploiement sur 300 collèges sera d’ailleurs organisé dès la rentrée 2015.

Il y a enfin un vrai enjeu international, dont vous faites l’expérience au quotidien, sur la diffusion de notre langue, de nos méthodes et de nos technologies dans les autres pays.

En 2050, on estime qu’on pourrait compter sur 700 millions de francophones, soit 8% de la population mondiale, grâce à la croissance démographique et économique de l’Afrique. C’est un enjeu essentiel pour notre langue d’accompagner ce développement d’outils et de technologies en français.

Pour conclure, le numérique peut être un facteur d’égalité, de liberté, il peut aussi être un facteur de fraternité, comme en témoignent les mouvements de solidarité qui se sont illustrés après les attentats tragiques qui ont ensanglanté le début de l’année.

Cette universalité du message de la France, vous en êtes convaincus vous qui en êtes la porte d’entrée dans tant d’univers culturels divers. Ces attentats et la réaction mondiale qui a suivi ont aussi montré l’attachement de la communauté internationale à notre pays, notre culture et nos valeurs. Ma conviction, vous l’avez compris, c’est que cette universalité s’applique tout autant à un monde numérique.