#1 Portraits des Français de l’étranger

Il y a quelques mois, je vous informais de mon intention de lancer un projet de publication des “Portraits des Français de l’étranger” en permettant aux Français établis en Europe du Nord de témoigner sur leur mobilité afin de présenter la richesse et la singularité des parcours des Français établis hors de France.

Je partagerai toutes les semaines sur mon blog le témoignage d’un(e) Français(e) établi(e) dans la circonscription que je représente.

Pour commencer cette série, vous trouverez ci-dessous le témoignage d’une Française établie en Ecosse depuis 24 ans:

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1/ Pour quelles raisons avez-vous choisi de vous installer à l’étranger?

Mon choix s’est fait progressivement et tout naturellement. Après un mois de vacances et d’aventures dans les Highlands, je suis tombée amoureuse de l’Ecosse (et par la suite d’un Ecossais!) et j’ai fini par y rester. Ce n’est que plus tard que j’ai realisé que l’Ecosse était mon ‘home’.

2/ Pouvez-vous nous raconter votre parcours professionnel et personnel d’expatrié depuis votre installation jusqu’à aujourd’hui  et la relation que vous entretenez avec le pays dans lequel vous vivez ?

Ma 1ère année (1991) a été difficile. J’étais “au pair” et j’avais du mal à être comprise, même avec 11 ans d’anglais derrière moi. Mais je me suis accrochée, j’ai poursuivi des études et j’ai cherché un emploi. Ma vie est devenue très ecossaise (par le biais de mon travail, mon entourage personnel et professionnel). 

Puis je me suis rendue compte que j’étais devenue bilingue et que je pouvais partager ma langue et ma culture maternelle. Cela a été une sorte de reconciliation avec mes racines que j’avais plus ou moins ignorées pendant des années. J’ai realisé que ma passion était d’initier les jeunes enfants au Francais sans pour autant leur apprendre la langue. En 2008, j’ai donc fondé Le Petit Monde, compagnie de thêatre de marionnettes dont je suis la directrice artistique. Je crée et joue des spectacles bilingues mais accessibles à tous les niveaux (ce qui est très important pour moi).

Mon travail est unique en Ecosse : les familles et les enfants apprécient beaucoup mon travail depuis le début et il commence à être reconnu par les professionnels du thêatre. Nous envisageons même la possibilité de faire publier des livres basés sur mes personnages.

Personnellement, je me sens “chez moi” en Ecosse. Mais je porte toujours ma culture française dans mon coeur et la partage comme je peux autour de moi. C’est toujours un grand plaisir. 

Je me sens privilégiée de pouvoir bénéficier de ces deux cultures.

3/ Quelles sont les spécificités locales de votre pays d’accueil qui pourraient être les plus bénéfiques à transposer en France ?

Le concept de “charité” (au sens de l’entraide/soutien) qui est présent partout en Ecosse, surtout par le biais des “charity shops” ne semble pas être aussi developpé en France. Ici les gens n’hésitent pas à donner aux “charity shops” ou à acheter d’occasion.

Les sites de “recyclage” (eg. freecycle) où les gens donnent des meubles, des vélos, des vêtements et toutes sortes d’autres choses sont aussi très populaires.

Comme je ne vis plus en France depuis 23 ans, je ne peux être sûre et objective, mais il me semble que la mentalité  “Chacun pour soi” est plus répandue qu’en Ecosse.

D’une façon générale, je pense aussi qu’il y a plus d’aides gratuites pour les gens en difficulté ou qui ont besoin de conseils (ex. Citizen Advice Bureau, Counselling, Business Gateway). Ces aides sont très importantes et façonnent la vie de nombreux gens (artistes, petites compagnies, familles à bas salaires, gens qui ont des problèmes de santé mentale…).

Encore une fois, je me trompe peut être, n’ayant pas connaissance de tous les services disponibles en France. Mais quand j’ai cherché l’équivalent de “Counselling Sessions” pour ma mère qui venait de perdre son mari et sa soeur, je n’ai trouvé que des psychologues aux tarifs très élevès. Il n’y avait pas l’équivalent exact des “Counselling sessions”.

Egalement, tout ce qui est relatif à l’administration est en général beaucoup plus simple qu’en France.

4/ Qu’est-ce que vous apporte le fait d’être Français dans votre pays d’accueil ?

Tout d’abord, être française en Ecosse signifie pour moi la joie de partager ma culture, à travers mon travail et dans ma vie personnelle et sociale.

C’est un plaisir personnel, qui me tient à coeur et j’espère ainsi donner une image positive des Français.

Faisant partie de la société multicuturelle écossaise, qui a beaucoup changé depuis que je suis arrivée en 1991, j’espère contribuer, à mon niveau, à la tolérance et au respect d’autres cultures.

L’émigration étant un sujet complexe et délicat dont les politiciens parlent beaucoup en ce moment, ce sujet engendre des discussions intéressantes sur la définition des mots “expat” et “émigré”. Je pense être les deux, m’étant expatriée de France et ayant émigré en Ecosse.

J’ai la chance de vivre dans ce pays que j’adore et qui a une relation spéciale avec la France. Ma présence et celle d’autres Français contribuent donc également à la continuation de cette bonne entente entre les deux pays, ce dont je suis fière.