Compte-rendu de mon intervention lors de la célébration des 25 ans de l’AEFE

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Le 10 avril, j’ai participé à une table ronde animée par Ivan Kabacoff (responsable de la communication chez TV5 Monde) sur le numérique lors de la célébration des 25 ans de l’AEFE, en direct du lycée français de Stockholm.

Il s’agissait de présenter les innovations des lycées de ma circonscription et les défis qu’engendre le numérique pour l’enseignement français à l´étranger. Le mathématicien Cédric Villani a introduit cette table ronde en insistant sur le désir de recherche qui pouvait davantage être suscité au niveau de lycée. Le réseau des lycées présente l’avantage de compter des élèves curieux et ouverts sur d’autres perspectives pour envisager le rapport au monde. Dans ce cadre, l’encouragement à la recherche peut être favorisé car c’est ce qui stimule la créativité dont nous avons besoin. Cédric Villani a également mis en avant le rôle essentiel des proviseurs des établissements de l’AEFE dans la conduite des projets d’établissement alliant professeurs et élèves. Sans cette orchestration, les lycées ne pourraient pas avoir ce rôle d’avant-garde.

Pour ma part, après avoir consulté les proviseurs des établissements de ma circonscription, j’ai retracé la brève histoire des investissements des lycées de l’AEFE dans le numérique. À mon sens, nous avons assisté à une double vague avec d’une part les équipements en panneaux interactifs (ce qu’on appelle les TBI) qui demandent une formation du personnel à leur utilisation et l’apparition des tablettes, notamment pour les écoles primaires et les collèges. L’avantage des TBI est qu’ils transforment la classe en un véritable espace interactif et collaboratif et qu’ils favorisent des pratiques de pédagogie inversée essentielles à un apprentissage dynamique (voir la réponse à ma question écrite sur ce sujet en cliquant ici). Les tablettes numériques individualisent davantage l’espace d’apprentissage et me semblent plus adaptées à l’école primaire et au collège où les rythmes d’acquisition diffèrent d’un élève à un autre. En outre, ces tablettes peuvent favoriser l’apprentissage des élèves ayant un handicap. Ce dernier aspect m’intéresse au plus haut point puisque c’était l’une des priorités de ma réserve parlementaire 2015. J’ai conclu mon intervention sur une note plus nuancée en insistant sur le fait que l’impératif numérique ne devait pas être la seule stratégie de modernisation des lycées du réseau. Il est important de renforcer l’approche traditionnelle d’éducation aux médias et du dialogue car c’est de cela dont les élèves ont besoin. Nous avons en plus des outils extraordinaires comme le CLEMI qui travaille sur la semaine de la presse et propose une multitude d’activités en lien avec cette éducation aux médias. Le numérique est aussi un risque comme l’a montré le piratage de la chaîne TV5 Monde et comme l’avait rappelé Michèle Hermès-Jacobs (directrice de la francophonie et des relations institutionnelles chez TV5 Monde) lors de la table-ronde précédente. De plus, le conflit à Radio-France démontre qu’une stratégie uniquement numérique est un leurre, il faut favoriser une approche par les fréquences et les ondes et favoriser l’éducation aux médias dans leur pluralité. Le philosophe Gilbert Simondon évoquait dans son ouvrage Du mode d´existence des objets techniques la nécessité de susciter une culture des objets techniques, je pense que ce souhait peut être étendu de nos jours aux objets numériques. Sachons développer « l’assemblage », comme le dirait le sociologue Bruno Latour, entre ces équipements techniques et la créativité humaine et nous aurons l’ambition d’attirer davantage d’élèves du réseau vers la recherche fondamentale en plusieurs langues comme le souhaitait Cédric Villani.