Compte-rendu de mon déplacement à Londres le 22 avril

Le 22 avril dernier, j’ai eu le plaisir de me rendre à Londres pour une journée essentiellement consacrée à l’éducation française. Avec l’ouverture du Lycée International Winston Churchill en septembre 2015, il est essentiel que nous puissions repenser collectivement les objectifs du Plan Ecole et évaluer l’impact de l’ouverture de cet établissement privé sur les frais de scolarité à Londres.

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J’ai commencé par une visite de l’Ecole Bilingue
dont la classe de CM2 a été sélectionnée pour participer au Parlement des Enfants et pour écrire une proposition de loi sur le thème « Les droits de l’enfant ». Cette opération est organisée par l’Assemblée Nationale avec le Ministère de l’Education Nationale, l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger (AEFE) et la Mission Laïque Française (MLF). Il s’agit d’offrir aux écoliers scolarisés en cours moyen deuxième année (CM2) une leçon d’éducation civique en leur proposant de découvrir la fonction de législateur. Ils sont invités à rédiger, sous la conduite de leurs enseignants qui les accompagnent dans cette réflexion, une proposition de loi, au terme d’une discussion qui doit leur apprendre ce qu’est le débat démocratique. Après une session de questions/réponses sur le rôle et la vie de député, les élèves de la classe de CM2 de l’Ecole Bilingue m’ont présenté leur proposition de loi visant à renforcer l’engagement des entreprises textiles françaises dans la lutte contre le travail des enfants dans le monde. Une belle proposition de loi de 4 articles qui s’appuie sur une charte avec des conséquences si celle-ci n’est pas respectée. Le verdict de la classe retenue pour se rendre à l’Assemblée Nationale sera connu fin mai, mais avec le travail de qualité qui a été accompli, je suis certain que l’Ecole Bilingue a de belles chances d’être sélectionnée.

J’ai pu visiter ce magnifique établissement qui se trouve à l’ouest de Londres et qui axe son enseignement sur le bilinguisme. L’Ecole Bilingue de Londres (école homologuée et partenaire de l’AEFE) a été créée en 2004 par Véronique Ferreira (directrice pédagogique) et Franck Laurans (directeur administratif). L’équipe de l’Ecole Bilingue est aujourd’hui composée de 21 personnes. L’Ecole Bilingue comprend une section maternelle (petite section, moyenne section et grande section) et une section élémentaire (CP, CE1, CE2, CM1, CM2). Le programme scolaire est enseigné en deux langues (anglais/français) en alternance entre chaque demi-journée. Je crois profondément que le bilinguisme est la solution la plus adaptée à nos compatriotes de Grande-Bretagne afin qu’ils puissent garder un lien avec la France tout en s’intégrant à leur pays d’accueil. J’ai abordé cette question du bilinguisme ainsi que celle reliée aux écoles FLAM du territoire avec Monsieur Letournel, Attaché de Coopération pour le Français, dans l’après-midi. Nous avons notamment parlé de la mise en place du Parapluie FLAM et des projets futurs, mais aussi de la stratégie autour de la création du comité de suivi « Francophonie au Royaume-Uni » en partenariat avec ses interlocuteurs du Canada, du Québec, de Suisse, et de Wallonie.

J’ai déjeuné avec les Conseillers Consulaires élus l’année dernière sur la liste « Français du Monde, Unis à Gauche » : Mesdames Morgane Marot et Karine Daudicourt, ainsi que Monsieur Renaud Digoin-Danzin. Nous avons discuté des questions de scolarité à Londres ainsi que sur les échanges concernant la circonscription lors de la session de mars de l’Assemblée des Français de l’Etranger.

Par la suite, j’ai rencontré Madame Rabaté, la directrice du Lycée International de Londres. Nous avons discuté de son parcours, mais aussi des programmes pédagogiques et de l’avancée des travaux du bâtiment à Wembley. La question du plafonnement des bourses du Lycée Winston Churchill sur les frais de scolarité du Lycée Charles de Gaulle a été abordée avec le Consul, Monsieur Chambard, lors de cette journée. Je maintiens qu’une des règles du partenariat est que les bourses scolaires soient plafonnées sur le seuil des prix de l’Etablissement en Gestion Directe (EGD) le plus proche. Ce plafonnement est légitime car l’Etat Français ne peut pas payer l’intégralité des bourses des élèves des établissements privés. Cependant, il est injuste que les familles les plus modestes se retrouvent devant le fait accompli. L’argumentaire qui consiste à me dire que l’Etat français peut payer les bourses à hauteur des frais de scolarité réels, car cela coûte moins cher que d’ouvrir un nouvel EGD, n’a pas de sens. Premièrement, nous sommes en période de restrictions budgétaires (nos diplomates sont au courant) et deuxièmement ça s’appelle prendre les contributeurs de l’Etat français en otages. Comme je l’ai abordé avec les représentantes des parents d’élèves du Lycée Charles de Gaulle lors de notre rencontre, j’ai alerté la directrice de l’AEFE, Madame Hélène Farnaud-Defromont, à de nombreuses reprises sur la problématique qu’engendre l’ouverture d’établissements privés à Londres recevant une homologation du Ministère, afin d’avoir plus de places pour les élèves français du réseau londonien. Je ne suis pas opposé au partenariat public-privé mais je souhaite cependant que ce partenariat soit ouvert à des négociations sérieuses qui empêchent que des établissements privés, intégrant le réseau, édictent leurs propres normes.

Elisabeth Imbert, vice-présidente de l’APL et trustee de l’APL Welfare Fund et Florence Gombault vice présidente de l’APL m’ont fait remarquer, à juste titre, qu’il était profondément injuste que certains contrats locaux soient obligés de retirer leurs enfants du système scolaire français par manque de moyens pour payer les frais de scolarité, alors qu’ils payent leurs impôts en France. De plus, lors de notre conversation, nous avons abordé le manque de visibilité à long terme des frais de scolarité et le manque de transparence envers les parents qui n’ont qu’un avis consultatif. Je me suis engagé à faire remonter ces remarques à l’AEFE en tant que membre du Conseil d’Administration. Le prochain Conseil d’Administration de l’AEFE, qui aura lieu le 24 juin, aura pour thème principal le rapport sur les frais de scolarité au sein du réseau de Philip Cordery et Claudine Lepage, avec des réponses apportées par l’AEFE aux 50 propositions énoncées. Je suis très favorable à la proposition de mes collègues qui consiste à inscrire le montant des frais de scolarité dans la convention ou l’accord de partenariat afin d’éviter les augmentations intempestives. Je pense qu’il faudrait aussi étudier de plus près leur proposition de moduler les frais de scolarité selon les revenus des parents. Je défendrai ces positions auprès de l’AEFE lors du prochain Comité d’Administration mais aussi dans un courrier à la directrice de l’AEFE, qui lui sera adressé dans les prochains jours, dans lequel je demanderai un droit de regard sur l’accord de partenariat.

Sur un autre sujet, qui me tient aussi beaucoup à cœur, je me suis entretenu avec François Croquette, Conseiller Culturel et Directeur de l’Institut Français de Londres, au sujet du changement programmé dans l’organisation de l’Institut Français d’Edimbourg. Je lui ai fait part de ma déception suite à la réponse du Ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius à mon courrier sur le sujet. Néanmoins, je continuerai de soutenir l’Institut Français d’Ecosse et d’affirmer la nécessité de la continuité du travail mis en place par son directeur, Vincent Guérin.

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J’ai terminé mon déplacement à Londres par une intervention aux côtés de Chema Triki, membre de l’association « Cahiers de la Liberté », et du Dr Pierluigi Congedo, spécialiste de droit européen comparé, devant des citoyens français résidant à Londres sur le thème de la liberté d’expression et du vivre-ensemble. Cette conférence-débat a été organisée par la section du Parti Socialiste à Londres et orchestrée par le Conseiller Consulaire Renaud Digoin-Danzin. Depuis les attaques terroristes qui ont touché la France en janvier, le débat sur la liberté d’expression a fait son retour sur le devant de la scène. Si les Français ont fait preuve de fermeté et de dignité en montrant dans leur grande majorité leur attachement à la liberté d’expression, la responsabilité des journalistes, des personnalités politiques et des humoristes dans leur expression publique est de nouveau questionnée. La différence de traitement des événements et de leurs suites par les médias britanniques témoigne d’une sensibilité différente Outre-Manche. Le « vivre-ensemble » est un véritable défi et les Français de l’étranger le mesurent à sa juste valeur dans la mesure où ils vivent entre plusieurs repères. Avec Chema Triki qui nous a présenté le véritable bond en avant démocratique de la Tunisie malgré les peurs et le terrorisme, il est temps d’intégrer la dimension multiculturelle dans nos divers contrats sociaux. L’assimilation à la française a peut-être ses limites, on pourrait envisager davantage une approche multiculturelle pour améliorer les conditions du vivre-ensemble. Pour ma part, j’ai insisté sur des modes de socialisation à réinventer dans des sociétés où les pressions identitaires de tout ordre se font sentir, parfois accentuées par le numérique. Retrouver du sens dans le lien social au-delà de la concurrence économique passe peut-être par de l’investissement dans la citoyenneté, dans des associations et donc par l’institution d’un temps possible consacré à ces missions. Vous pouvez retrouver le compte-rendu de cette réunion-débat en cliquant ici.