#4 Portraits des Français de l’étranger

Pour le quatrième portrait de la série « Portraits des Français de l’étranger« , nous découvrons le parcours et l’intégration d’un Français résidant en Suède.

P4

1/ Pour quelles raisons avez-vous choisi de vous installer à l’étranger?

Avec mon épouse française, nous souhaitions vivre une expérience à l’étranger pour découvrir d’autres cultures et développer nos compétences professionnelles dans un univers totalement nouveau.

Le goût pour l’étranger datait principalement d’un stage à l’étranger de quelques mois à Londres. Par la suite, j’ai obtenu des postes à dimension internationale tout en habitant à Paris. Le choc des cultures, essayer de comprendre l’autre et de s’adapter m’a beaucoup appris sur moi-même. On voulait donc prolonger nos expériences positives. N’ayant pas d’enfants à l’époque, il était aussi plus facile pour nous de quitter la France et de faire le grand pas vers l’inconnu ! La vie stressante parisienne fut aussi ma source de motivation…

2/ Pouvez-vous nous raconter votre parcours professionnel et personnel d’expatrié depuis votre installation jusqu’à aujourd’hui  et la relation que vous entretenez avec le pays dans lequel vous vivez ?

Avant de quitter la France en 2011, j’ai obtenu un poste local à Stockholm chez Sony après avoir travaillé pour cette entreprise à Paris. Entre temps, j’ai également travaillé pour Epson à Paris.

Avant de m’installer en Suède, j’avais déjà collaboré avec des Suédois mais de manière sporadique et discontinue. En étant en contact 24H/24 avec eux, j’ai été très vite confronté à un choc des cultures. Les Suédois cherchent toujours le compromis et n’aiment pas le conflit ou le stress, que ce soit dans la vie privée mais aussi dans la vie professionnelle. Notre manière de travailler et de manager en France (surtout dans mon domaine, je travaille dans le marketing) peut engendrer du stress et donc des malentendus.

J’ai fondé ma famille en Suède. Nous avons deux enfants de 1 et 2 ans. Elles s’intègrent bien dans le système suédois et sont inscrites à la crèche suédoise. Nous avons les mêmes droits que n’importe quel citoyen Suédois, sans avoir la nationalité (en Suède, le droit du sang prévaut).

Toutefois, nous remarquons quotidiennement qu’il est difficile de s’intégrer en Suède car les Suédois sont assez timides et peu ouverts. Nos connaissances datent d’avant notre venue en Suède via notre école de commerce à Dijon. Nous tissons également quelques liens avec les parents des enfants de la crèche de nos filles. C’est assez limité. C’est le point négatif de notre expérience ici, ainsi que le manque de diversité culinaire.

3/ Quelles sont les spécificités locales de votre pays d’accueil qui pourraient être les plus bénéfiques à transposer en France ?

Premièrement, le système administratif est beaucoup plus simple et direct ici. Cela rend la vie quotidienne plus simple que ce soit pour l’ouverture d’un compte en banque, pour acheter un appartement, pour souscrire à une assurance… La simplification est due principalement à un numéro de sécurité sociale à vie (Personnummer) qui centralise toutes vos données. Par exemple, lorsque vous déménagez il n’est pas nécessaire de contacter tous les services administratifs. Votre dossier médical est aussi lié à ce Personnummer.

En France, les gens ont peur de l’ouverture des données par manque de confiance aux autres et les systèmes informatiques poreux. Ici, grâce à la confiance en la société et aussi grâce à l’emploi des nouvelles technologies efficaces, les Suédois s’adaptent vite et vont donc plus vite. La confiance accordée aux systèmes et aux gens entraîne une sérénité dans la vie quotidienne qui permet d’avoir une qualité de vie bien meilleure. Difficilement reproductible en France…

Ensuite, le prélèvement à la source est aussi bénéfique. Il est généralement surévalué et souvent les particuliers reçoivent de l’argent de l’Etat à la fin de l’année. Pas de mauvaises surprises et une meilleure gestion du budget familial !

Par ailleurs l’accès à l’éducation est ici bien meilleur : il est simple et peu coûteux. Tout enfant de plus d’1 an a le droit d’avoir une crèche dans sa localité en moins de 4 mois. Les parents peuvent donc facilement reprendre le travail sans un coût exorbitant (environ 110€ par enfant et dégressif pour les suivants). Les enfants reçoivent ensuite de l’argent jusqu’à l’université pour participer au coût de la vie scolaire. Tout le monde a le droit au même montant.

L’accès au sport est également simple et peu coûteux. Beaucoup de gymnases, de parcs et de temps pour la pratique du sport. Toutes les entreprises disposent de vestiaires même les plus petites. La plupart des employés ont la possibilité de se voir rembourser leur licence sportive (de 150 à 500€ par an selon les entreprises).

La maîtrise de l’anglais est une spécificité suédoise très importante. Tous les Suédois maitrisent correctement la langue anglaise. Ils apprennent tôt à l’école et toutes les émissions/films/pubs sont en version originale. Il est donc facile d’exporter ses connaissances dans le monde entier.

Une priorité est également donnée à l’écologie. Même à Stockholm, la nature y est très présente. La circulation est payante en centre-ville pour les voitures et les automobilistes doivent payer des taxes élevées. Le réseau de transport public est également très performant. Je suggère vivement aux grandes villes de France de s’inspirer de Stockholm. Le recyclage est aussi beaucoup plus développé avec des bacs multiples (parfois incluant le composte) comme en Allemagne. Simple et efficace.

La technologie est très importante en Suède. Les Suédois sonttrès attirés par les nouvelles technologies. C’est un marché avant-gardiste que beaucoup d’entreprises aiment consulter avant le lancement de produits. La Suède est donc très attrayante pour le développement de nouveaux concepts et le pays attire donc des capitaux et de l’investissement. L’Etat investit aussi. C’est pourquoi il y a beaucoup de start up : Spotify et Skype ont été créés en Suède.

Enfin, en terme de parité homme/femme, les Suédois sont très avant-gardiste. Je pense que le début de la parité commence lors du congé parental. En Suède, le couple dispose de 15 mois de congé parental à partager en deux. Cela veut dire que les hommes disposent autant de jours que les femmes. Cela a deux avantages :

-pour les entreprises, embaucher une femme ou un homme ne change rien quant à la probabilité que l’employé(e) prenne quelques mois de congé parental. Ils sont payés à hauteur de 80% du salaire brut avec un plafond à environ 22 000 SEK net.

-pour les particuliers, les hommes peuvent mieux comprendre leur femme et ce que l’éducation des jeunes enfants implique. Et pour les enfants, cela renforce les liens. Papa et Maman passent du temps à la maison, pas de différence. Les clichés sont cassés dès le plus jeune âge.

4/ Qu’est-ce que vous apporte le fait d’être Français dans votre pays d’accueil ?

En tout premier lieu : la diversité des opinions. La Suède n’est pas aussi diverse que la France. L’individu s’efface au profit de la société. En étant Français, on a plus de facilités à partager notre point de vue même si il est différent du sens commun. Ça peut être bénéfique surtout dans le cadre professionnel pour apporter différentes solutions à une problématique.

En second lieu : la gestion du stress. Je pense que les Français savent travailler même en période de stress ou d’urgence. On est plus réactif et c’est très important dans le monde moderne. On se plaint mais on avance.

Lorsque les Suédois évoquent la France, ils font souvent référence à l’art, l’histoire, la gastronomie et le luxe. La première approche est donc très positive. Cependant, l’image se ternit et on passe pour un pays conservateur et pas assez tourné vers la technologie ou l’innovation. Ce qui n’est pas forcément faux…