#5 Portraits des Français de l’étranger

Pour le cinquième portrait de la série «Portraits des Français de l’étranger», nous découvrons le témoignage d’une Française établie en Suède et qui a obtenu la double nationalité franco-suédoise.

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1/ Pour quelles raisons avez-vous choisi de vous installer à l’étranger?

C’est tout simplement une histoire de rêve d’adolescente, une envie de découvrir le « grand Nord ». Passionnée par les langues étrangères et la littérature, notamment suédoise, j’ai appris le suédois en auditeur libre à l’Université de Rennes 2. L’apprentissage étant plus facile en immersion, je suis partie dans un premier temps « au pair » puis pour préparer mon DEA (Diplôme d’Etudes Approfondies) de lettres modernes sur un auteur suédois à Uppsala. J’ai soutenu mon mémoire à Rennes puis je suis retournée m’installer en Suède. Coûte que coûte.

2/ Pouvez-vous nous raconter votre parcours professionnel et personnel d’expatrié depuis votre installation jusqu’à aujourd’hui  et la relation que vous entretenez avec le pays dans lequel vous vivez ?

Dans le cadre du programme Erasmus, j’ai préparé un DEA de lettres modernes en Suède, soutenu à Rennes 2. J’ai ensuite effectué des « petits boulots » en Suède, tout en suivant la formation universitaire suédoise pour devenir Bibliothécaire (en deux ans, après l’équivalent d’une maîtrise, à l’Université d’Uppsala). Cette formation universitaire délivre un diplôme qui permet ensuite de déposer sa candidature dans n’importe quelle bibliothèque du Royaume (municipale, scolaire, universitaire ou privée). C’est un système diffèrent de la France, où même les concours les plus difficiles passés après des années d’expérience « sur le terrain », ne donnent le droit que de… se former. J’ai obtenu mon premier emploi en tant que bibliothécaire au Département des Manuscrits de la Bibliothèque royale (= nationale) de Suède à Stockholm. J’ai ensuite
obtenu un CDI de bibliothécaire au Département des Manuscrits de la Bibliothèque Universitaire d’Uppsala (depuis 2000). J’ai un travail passionnant. Complètement intégrée, je m’occupe de collections patrimoniales très riches (beaucoup de manuscrits français !), je fais des expositions et la bibliothèque reçoit souvent des chefs d’Etat, des prix Nobel etc. Il y a en Suède un respect de l’expérience venue des pays étrangers qui est quasiment nul en France, du moins dans mon secteur d’activité. J’ai tenté maintes fois d’obtenir un poste de bibliothécaire en France : RIEN dans ma formation suédoise ni dans mon expérience n’est alors pris en compte. Il faudrait tout recommencer à zéro, même pour des postes à des échelons nettement inférieurs de la hiérarchie : préparation au concours (des exercices strictement « codés » dont on ne tire aucune utilité dans la vie professionnelle), formation, recherche de poste, placement là où l’administration nous place. Depuis, j’ai obtenu la nationalité suédoise et dispose donc désormais de la double nationalité.

3/ Quelles sont les spécificités locales de votre pays d’accueil qui pourraient être les plus bénéfiques à transposer en France ?

Comme évoqué plus haut, la France devrait s’inspirer de ce qui se passe en Suède concernant les formations de bibliothécaires. Il faudrait arrêter avec ce système franco-français des concours qui détruit toute créativité et mobilité en mettant les gens dans des « moules », qui exclut toute « fantaisie » professionnelle, tout parcours original, notamment à l’étranger, et qui de surcroît contredit la politique européenne « officielle » qui veut des frontières ouvertes pour les professionnels. Dans les faits, il n’y a aucune possibilité, pour un bibliothécaire/conservateur diplômé en Europe – et cela vaut pour tous les métiers soumis aux concours de la Fonction publique j’imagine – d’exercer son métier… en France. 
Le contraire est possible. Une chose est fantastique en Suède : les impôts retenus à la source ! Et d’une manière générale, le système des impôts très simplifié pour le contribuable, qui n’a souvent qu’à signer un papier déjà pré-rempli et où tout est déjà pris en compte par les centres d’impôts : salaires, comptes en banque, capital, donations aux organisations de charité (UNICEF etc.), avantages professionnels.. bref, toutes les informations nécessaires sont centralisées par les centres d’impôts, sans que le contribuable ait à rassembler tout cela lui même! Autre merveille suédoise : quelque chose que les autorités et administrations suédoises appellent « klarspråk » (en anglais « plain language » le concept, d’après Wikipedia en tout cas, n’existe pas en français) : il s’agit de l’obligation pour les administrations et le Gouvernement de communiquer avec les citoyens dans une langue qui est le contraire du jargon et que tout le monde peut comprendre : claire, brève, en évitant à tout prix les termes techniques. Facile à lire, à comprendre, à appliquer. En Suède, c’est ordonné par la loi. (Source: http://en.wikipedia.org/wiki/Plain_language )

4/ Qu’est-ce que vous apporte le fait d’être Français dans votre pays d’accueil ?

La France a encore la réputation d’être un pays de Culture. Son histoire est riche et elle a, au cours des siècles, fortement influencé de nombreux pays européens par son système de pensée, d’organisation de la société et des institutions, par ses arts, son théâtre, sa littérature et ses progrès scientifiques. Descartes est mort à Stockholm en donnant des leçons à la Reine de Suède… En tant que Français, l’on bénéficie encore aujourd’hui, surtout dans les milieux culturels et érudits, de cette aura et de cette grandeur passée de la France. Les bibliothèques suédoises sont pleines d’ouvrages et de manuscrits français, vestiges de notre rayonnement aux XVIème, XVIIème, XVIIIème siècles! La connaissance de la langue française est donc ici appréciée à sa juste valeur, tout comme celle d’autres langues, vecteurs d’ouverture sur d’autres cultures et d’autres connaissances. Enfin, la rigueur, la capacité d’argumenter, de raisonner, ce « cartésianisme » inculqué à l’école et qui semble nous caractériser, est un atout indéniable dans la vie professionnelle, même hors des frontières de l’Hexagone. Nous sommes aussi, en ces temps troublés où l’on tue pour des dessins sur notre territoire, les fiers ambassadeurs du pays de Voltaire, du pays des Droits de l’Homme et des libertés, liberté de conscience et liberté d’expression en particulier, dans le respect absolu et inconditionnel de notre loi de 1905.