Jean-Marie Le Pen devient-il le meilleur ennemi du Front National ?

J’ai récemment écrit une tribune publiée sur le site de Politique Matin suite l’éviction du Président d’Honneur du Front National. 

Pour lire cette tribune sur le site de Politique Matin, cliquez ici.

« Le Front National vit une époque sacrificielle paradoxale : comment réaliser le meurtre du père pour instituer définitivement la légitimité de la dynastie Le Pen ?

Jean-Marie Le Pen, un bouc émissaire ?

René Girard a tout au long de son œuvre insisté sur la dimension symbolique et sacrificielle du bouc-émissaire. Pour un Jean-Marie Le Pen qui a toujours désigné les étrangers comme étant les responsables des maux de la France, le destin a un parfum d´ironie. Au-delà de la mise en scène spectaculaire de la dynastie Le Pen en allant de la fille un temps légitimiste jusqu´à la petite-fille qui soigne l´héritage des valeurs, on peut se demander si cette mise à l´écart est de l´ordre de la régénération symbolique du parti ou au contraire si elle participe d´un tournant idéologique de cette formation engrangeant des succès électoraux successifs.

C´est un sacrifice nécessaire non pas sur l´autel des idées mais sur la stratégie politico-médiatique engagée par Marine Le Pen souhaitant joindre la protestation des « sans grade » (terme utilisé par Jean-Marie Le Pen le soir du 21 avril 2002) délaissés par la mondialisation à la strate historique des électeurs du Front National. Le Front National a changé de stratégie en adaptant à la marge son fonds de commerce idéologique. L´antisémitisme disparaît pour laisser place à un discours antimusulman accroché à une valeur-phare de la république, celle de laïcité que cette formation avait pourtant attaquée en son passé.

Un parti d’extrême-droite en quête de pouvoir

Le Front National demeure un parti d´extrême-droite en quête de pouvoir. Si l´éviction de son président d´honneur est inéluctable, elle n´en demeure pas moins un mal nécessaire. Jean-Marie Le Pen se trouve extérieur à son propre parti, son produit qu´il a mis toute une vie à créer au service de sa personne sans forcément penser à diriger le pays. Une formation politique centrée autour d´un chef a dû mal à survivre si elle ne crée pas des strates intermédiaires (une organisation avec des cadres et une structuration des mouvances qui lui sont liées).

L´éviction de Jean-Marie Le Pen devient une chance inespérée de mettre à exécution le meurtre parfait et de préparer un enterrement politique avant la lettre. En ce sens, Jean-Marie Le Pen est l´allié sacrificiel de cette mutation à ceci près que sa révolte mal contenue pourrait entamer une partie de la crédibilité de cette formation politique. Cependant, dans un pays qui n´est pas avare de scandales politiques, ce meurtre n´est en réalité pas gênant, il contribue plutôt à susciter un intérêt envers ce parti qui s´implante durablement dans le paysage politique français. »