Hommage à Michel Barbier, ce « francophone du Nord »

C’est avec grande tristesse que j’ai appris la disparition de Michel Barbier la semaine dernière. Pour les Français de Suède, Michel Barbier était une figure francophone incontournable. Président de l’Alliance française d’Uppsala et enseignant au département de didactique de l’Université d’Uppsala, son investissement dans la francophonie était, à tous égards, remarquable. Je l’ai rencontré pour la première fois en 2002 : il m’avait invité à venir prononcer à Uppsala une conférence sur les penseurs français. C’était l’occasion de parler d’un autre Michel, Michel Foucault, qui avait séjourné à Uppsala et en avait retiré la documentation nécessaire à la rédaction de L’Âge de la Folie.

Michel Barbier avait le sens de l’organisation. Je me souviens de la manière dont il avait organisé la venue de l’Ambassadeur de France à Uppsala en septembre 2008 pour une conférence sur l’Europe et une rencontre avec le gouverneur de la province d’Uppsala. Tous ses projets étaient d’une grande rigueur. Il avait lancé le séminaire pédagogique annuel se tenant à la mi-novembre à l’Université d’Uppsala, tradition qui se perpétue. Michel Barbier était connu de la plupart des professeurs de français de Suède. Il s’est aussi distingué par l’organisation régulière des franska dagar en février de chaque année où l’Alliance française d’Uppsala invitait des conférenciers suédois à venir parler de la France en suédois. La francophonie et la nécessité du multilinguisme étaient sa religion. Nous nous sommes côtoyés lorsque j’ai travaillé à l’Institut français de Stockholm et à l’Ambassade de France en Suède. Michel Barbier était un partenaire naturel et exigeant, les coopérations aboutissaient systématiquement. Je me souviens de l’inauguration de la plaque officielle apposée sur l’immeuble de Stockholm où le philosophe Descartes aurait fini ses jours. Michel Barbier a su jeter des ponts entre nos deux pays. Il est arrivé en Suède au début des années 1960 et sa présence à Uppsala en a fait à mon sens un véritable « francophone du nord ». Ses efforts et son œuvre résonneront longtemps dans cette « francophonie du nord » que nous construisons avec fraternité.