#12 Portraits des Français de l’étranger

1/ Pour quelles raisons avez-vous choisi de vous installer à l’étranger?

J’ai un doctorat en neurosciences et il n’y a aucune perspective d’embauche en recherche scientifique en France pour un jeune docteur. Ce n’était donc pas vraiment un choix. On comprend vite que si on veut faire carrière dans la recherche, il faut aller la faire ailleurs.

2/ Pouvez-vous nous raconter votre parcours professionnel et personnel d’expatrié depuis votre installation jusqu’à aujourd’hui et la relation que vous entretenez avec le pays dans lequel vous vivez ?

J’ai trouvé un poste d’associé de recherche (post-doc) dans une équipe réputée de l’University College London depuis la France. Je suis donc arrivé dans des conditions parfaites puisque j’avais déjà un travail. Je ne pourrais pas trouver de telles conditions de travail en France : salaire mais aussi infrastructures, ressources humaines, moyens financiers pour la recherche… On a l’impression qu’ici la seule limite est notre créativité ! Londres est une ville très cosmopolite, on s’y sent européen ou citoyen du monde avant de s’y sentir britannique. Mes amis et collègues de travail sont en majorité des étrangers d’origines très diverses. C’est très enrichissant. Plus personnellement, la situation est plus compliquée puisqu’après 12 ans de vie commune, je vis loin de ma compagne et ce depuis 3 ans. Mais quand on a la chance comme elle d’avoir un CDI, il est risqué de poser sa démission !

3/ Quelles sont les spécificités locales de votre pays d’accueil qui pourraient être les plus bénéfiques à transposer en France ?

Selon moi la France manque d’ambition, de créativité, de cohésion sociale et d’enthousiasme/dynamisme. C’est un problème de fond. Dépasser cette morosité est la condition pour pouvoir réformer et unir les Français dans un but commun comme la recherche du progrès social et environnemental. Les Anglais n’ont pas froid aux yeux, ils n’ont pas peur du changement, et ils ne se plaignent que quand c’est nécessaire. Les décisions qu’ils prennent peuvent être bonnes ou mauvaises, mais ils ne sont pas englués dans l’immobilisme à l’heure où le monde change à une vitesse folle.

4/ Qu’est-ce que vous apporte le fait d’être Français dans votre pays d’accueil ?

Le fait d’être Français m’a certainement profité lors de mon expatriation au Royaume-Uni. Tout d’abord j’ai bénéficié de l’image positive que les Anglais ont de nous. Même si cette image est en partie faite de clichés romantiques et obsolètes, les Français suscitent toujours une curiosité bienveillante de la part de leurs homologues britanniques. Nous venons d’un grand pays, avec une histoire, un patrimoine, et une vie politique qui intéressent beaucoup les anglais. Mêmes nos querelles historiques ou sportives nous rapprochent, créant une relation privilégiée et complice entre la France et son « vieil ennemi ».

J’ai aussi le sentiment que l’école de la République a fait de nous des personnes ouvertes avec une tête bien faite, équipée d’une culture générale variée nous permettant de nous adapter aux autres cultures facilement (ce qui compense pour un handicap linguistique avéré en comparaison des autres pays européens). C’est d’autant plus important que les frontières européennes disparaissent. En s’expatriant en Angleterre on ne se lie pas seulement avec des Anglais mais avec des personnes de nationalités et de cultures très diverses. C’est aussi pourquoi je pense qu’avant d’être Français, on se sent ici avant tout européen. C’est un sentiment que l’on ne peut développer qu’en sortant de ses frontières et en échangeant avec d’autres européens, partageant les mêmes difficultés et les mêmes rêves. Un peu a la manière des poupées russes, mon identité européenne renferme mon identité française, qui elle même renferme mon attachement à ma région d’origine, à ma ville d’origine…etc.

Enfin, sur le plan professionnel, la France m’a apporté une formation reconnue et appréciée des Anglais, pourtant devant nous en matière de recherche scientifique. Il faut en France 8 ans pour obtenir un doctorat quand la majorité d’entre eux le passe en 5 ans au Royaume-Uni. Les docteurs français sont donc très prisés outre Manche car cette formation leur apporte, en plus de connaissances théoriques et techniques poussées, une certaine créativité et un esprit critique qui sont nécessaires à la production d’une recherche de qualité.

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