Les liens entre le lycée et l’enseignement supérieur : les conclusions de la mission d’information

Le mercredi 8 juillet dernier, la commission des affaires culturelles et de l’éducation a adopté à l’unanimité le rapport de la mission d’information sur les liens entre le lycée et l’enseignement supérieur: « Les défis du continuum lycées / enseignement supérieur » présenté par M. Emeric Bréhier.

Ce rapport propose 33 recommandations afin de renforcer l’articulation entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur et les voies et moyens permettant d’assurer un véritable continuum de formation entre le « bac-3 » et le « bac+3 », celui-ci étant désormais prévu par la loi.

En tant que Député des Français établis en Europe du Nord, j’ai souhaité apporter ma contribution à ce rapport en analysant les pistes qui expliquent la qualité de formation des systèmes éducatifs nordiques, notamment l’association des partenaires sociaux à la formation professionnelle et la multiplication des passerelles entre formation professionnelle initiale et formation secondaire générale. Cette contribution s’appuie largement sur la note co-rédigée avec Cyril Coulet, spécialiste des pays nordiques et ancien chercheur à l’Institut suédois de relations internationales, sur les dispositifs d’accompagnement de l’insertion professionnelle des jeunes dans les pays nordiques. Cette note a été publiée dans le cadre de l’Observatoire de l’éducation de la Fondation Jean Jaurès.

Résumé des recommandations du rapport :

Proposition n° 1 : Prolonger dans le second cycle du secondaire la logique d’un socle commun de plusieurs matières fondamentales assorties d’options, et recourir à des pédagogies différenciées en fonction des formes d’intelligence.

Proposition n° 2 : Développer la polyvalence dans les établissements publics locaux d’enseignement pour diversifier l’offre et favoriser la réussite scolaire ; la coexistence des trois voies de formation encourage la mixité sociale et facilite la mise en place de passerelles qui fluidifient le dispositif d’enseignement.

Proposition n° 3 : Introduire une année facultative de transition entre le baccalauréat professionnel et le BTS afin de répondre aux besoins de remédiation des élèves de lycées professionnels inscrits en BTS et fragilisés par la réduction à trois ans du baccalauréat professionnel.

Proposition n° 4 : Faciliter les changements de série au sein des filières générales et technologiques et les passages vers la voie professionnelle en soutenant le développement des stages-passerelles.

Proposition n° 5 : Simplifier l’organisation du baccalauréat et alléger son coût en concentrant les épreuves finales sur un nombre limité de matières fondamentales et en instituant un contrôle continu sur les options. Améliorer sa qualité certificative en introduisant des seuils éliminatoires et en portant lors de l’évaluation une attention particulière à l’acquisition des compétences nécessaires à la poursuite d’études supérieures.

Proposition n° 6 : En attendant de mettre en place un enseignement modulaire, reconstituer une véritable série scientifique à destination des élèves se préparant à des études et une carrière scientifiques, afin d’enrayer la baisse du niveau en mathématiques dans le supérieur et le déficit de recrutement de scientifiques et des chercheurs.

Proposition n° 7 : Redynamiser l’accompagnement personnalisé, notamment en améliorant la formation des enseignants à la démarche de suivi individualisé et en mettant en place à leur intention des outils de détection des besoins des élèves. Adapter l’organisation du temps de service des enseignants à leur mission de suivi individualisé des élèves. Diffuser les bonnes pratiques facilitant la transition entre le secondaire et le supérieur et visant à assurer l’égalité des chances : cordées de la réussite pour les bacheliers professionnels se destinant au BTS ; apprentissage des codes et des méthodes de travail exigés dans l’enseignement supérieur.

Proposition n° 8 : Rapprocher les établissements d’enseignement du monde professionnel en impliquant davantage les enseignants, afin de renforcer l’efficacité du parcours individuel d’information, d’orientation et de découverte du monde économique et professionnel (PIIODMEP) proposé aux élèves.

Proposition n° 9 : Renforcer, lors de leur formation initiale et continue, l’information des futurs enseignants sur les filières du supérieur et les métiers, afin de leur permettre d’exercer pleinement auprès des élèves leur rôle de conseil en matière d’orientation.

Proposition n° 10 : Assurer un suivi de la mise en œuvre des conventions entre les lycées disposant de formations d’enseignement supérieur et les établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel, afin d’évaluer l’impact de ces conventions sur la réussite des poursuites d’études et des réorientations, sur le développement des passerelles, ainsi que sur l’évolution des pratiques des enseignants et les rapprochements pédagogiques.

Proposition n° 11 : Transformer le portail d’admission post-bac en outil d’alerte et en instrument de réorientation pour améliorer son efficacité dans la construction d’un parcours de formation. Développer dans l’application une procédure anticipée permettant d’intégrer les vœux des lycéens de première afin d’orienter éventuellement leurs choix vers des filières assurant de meilleurs débouchés.

Proposition n° 12 : Expérimenter dans plusieurs académies la mise en place de conseils d’orientation lycée-supérieur afin dans un premier temps d’examiner les souhaits atypiques d’inscription dans le supérieur.

Proposition n° 13 : Réaliser un premier bilan de la mise en place du service public régional de l’orientation, notamment s’agissant de son efficacité dans la lutte contre le décrochage scolaire et l’aide au retour en formation initiale des jeunes non qualifiés.

Proposition n° 14 : Créer des guichets uniques spécialisés dans l’orientation à destination des différents publics et implanter une culture et des pratiques professionnelles communes à travers la formation des personnels

Proposition n° 15 : Effectuer un audit des principales formations privées délivrant des diplômes non reconnus par l’État, en rendant publics leurs coûts et leurs performances réelles d’insertion

Proposition n° 16 : Instituer, après la phase d’expérimentation prévue dans la proposition n° 12, des conseils d’orientation lycée-supérieur dans chaque lycée, réunissant les équipes pédagogiques des lycéens et des représentants des principales formations publiques du supérieur qui forment les débouchés naturels du lycée concerné, se réunissant au moins une fois par an pour se prononcer sur les vœux d’affectation émis par les élèves de classe de terminale.

Proposition n° 17 : Faire mieux correspondre l’implantation des services unifiés de l’orientation à la cartographie du décrochage scolaire.

Proposition n° 18 : Expérimenter la constitution de réseaux d’entreprises partenaires d’orientation des lycées, afin que ces établissements bénéficient d’interlocuteurs réguliers dans le cadre de l’orientation et pour offrir des stages aux élèves dont les familles ne bénéficient pas des réseaux rationnels qui conditionnent fréquemment aujourd’hui la qualité des stages accomplis.

Proposition n° 19 : Encourager les universités à proposer aux lycéens des actions de découverte les plus approfondies possibles, au-delà de la nécessaire généralisation des journées portes-ouvertes, par exemple grâce à des stages d’immersion dans des travaux de recherche ou grâce aux suivis de cours à l’université.

Proposition n° 20 : Afin d’offrir aux lycéens des modèles de parcours de réussite et de freiner les phénomènes de désertion par les meilleurs bacheliers de certaines universités de proximité pourtant aptes à leur fournir un cursus de licence de qualité avant le choix de masters plus spécialisés ou plus prestigieux, mettre en place des « maillages lycée-supérieur » tissant un réseau entre chaque lycée et les principaux établissements d’enseignement supérieur qui formentleurs débouchés traditionnels.

Proposition n° 21 : Persévérer dans la politique pertinente, et donnant de réels résultats, des affectations prioritaires des bacheliers professionnels en STS et des bacheliers technologiques en IUT.

Proposition n° 22 : Veiller au maintien d’une offre de formation supérieure professionnelle équilibrée sur les territoires, la présence d’une structure proche du lycée d’origine étant souvent déterminante dans le choix des bacheliers aux résultats les plus fragiles de s’engager dans des études supérieures.

Proposition n° 23 : Associer pleinement l’enseignement supérieur au développement de la formation continue, afin de lutter contre l’obsession sociale du diplôme initial, de donner de réelles secondes chances, de mieux prendre en compte dans les formations initiales les objectifs de qualification professionnelle et d’employabilité, et d’encourager les universités à diversifier leur ingénierie pédagogique. À cet effet, fixer l’objectif que tous les diplômes délivrés par l’enseignement supérieur doivent avoir dans les dix ans leur équivalent en formation continue.

Proposition n° 24 : Poursuivre et évaluer le mouvement de conventionnement entre les lycées et les grandes filières de l’enseignement supérieur, aujourd’hui obligatoire pour les lycées dotés de STS et de CPGE, en veillant à ce que ces conventions prévoient des passerelles, jouant dans les deux sens, permettant aux étudiants en échec précoce de se réorienter le plus rapidement possible, en particulier dès le premier semestre de la première année d’enseignement supérieur.

Proposition n° 25 : Ne pas introduire de sélection à l’entrée des universités, qui n’aurait pour effet que de priver certains élèves de toute perspective d’entrée dans le supérieur en grossissant le flux déjà trop élevé des « décrocheurs » et nierait l’inéluctable besoin de maturation des choix d’une partie des bacheliers.

Proposition n° 26 : Préserver le mouvement de rationalisation des intitulés de licences et ancrer la pluridisciplinarité en concrétisant le principe d’une spécialisation progressive, permettant le cas échéant une orientation plus tardive.

Proposition n° 27 : Assurer aux étudiants de licence qui ne souhaitent pas poursuivre leurs études des débouchés professionnels directs, notamment en encourageant et en préparant l’entrée dans les licences professionnelles, très performantes dans l’insertion en particulier grâce à leur capacité d’adaptation aux besoins du marché du travail induite par leur co-construction avec les entreprises.

Proposition n° 28 : Substituer à la logique de récitation des savoirs et à la place prépondérante du cours magistral en licence une logique d’apprentissage, fondée sur les acquis des étudiants et non sur la simple juxtaposition des contenus d’enseignement. Solliciter plus intensément les expériences pédagogiques les plus efficaces comme la pédagogie de projet. Encourager la constitution d’équipes pédagogiques. Mettre en place des dispositifs personnalisés de rattrapage des prérequis, méthodologiques et académiques.

Proposition n° 29 : Accompagner le mouvement d’appariement de tous les lycées aux principaux établissements supérieurs de leur aire de débouchés traditionnels d’un dialogue pédagogique structuré et régulier entre les équipes du secondaire et celles du supérieur, sous la forme par exemple de journées pédagogiques lycée-supérieur organisées chaque semestre.

Proposition n° 30 : Repérer rapidement les élèves aux lacunes les plus importantes en systématisant l’organisation de tests de positionnement en ligne pour tous les nouveaux entrants en licence.

Proposition n° 31 : Généraliser la possibilité d’accomplir le cycle de licence en plus de trois ans, sans incidence sur les bourses étudiantes dès lors que le parcours proposé est suivi assidûment et réussi.

Proposition n° 32 : Prévoir que les enseignants-chercheurs bénéficient systématiquement de formations, initiales et continues, dans les ESPE.

Proposition n° 33 : Pour faire émerger une culture commune de l’enseignement du cycle bac – 3/bac + 3, multiplier les échanges de service entre les enseignants du secondaire et les enseignants-chercheurs, sous la forme de mises à disposition dans le cadre de conventions conclues entre les lycées et les universités. Valoriser convenablement ces échanges dans les carrières des intéressés.