#15 portraits des français de l’étranger

Je suis ravi de vous présenter aujourd’hui le portrait d’une Française établie à Londres avec toute sa famille.

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1/ Pour quelles raisons avez-vous choisi de vous installer à l’étranger?

Mon mari et moi-même avons délibérément choisi de quitter la France fin 2013 après quelques mois de réflexion et de préparatifs car l’état d’esprit général ne nous correspondait pas. Nous trouvions la plupart des Français beaucoup trop pessimistes aussi bien dans les entreprises que dans la vie courante y compris au sein de notre église. Nous souhaitions offrir à nos filles âgées alors de quatre et douze ans la possibilité de parler couramment une langue étrangère, de bénéficier d’une expérience internationale, puis avant tout de comprendre que tout rêve peut se concrétiser. Les remises en question et les changements font partie de la vie et même si parfois l’être humain a peur, il faut apprendre à surmonter ses craintes et les transformer en moteur d’action pour progresser et aller de l’avant.

2/ Pouvez-vous nous raconter votre parcours professionnel et personnel d’expatrié depuis votre installation jusqu’à aujourd’hui  et la relation que vous entretenez avec le pays dans lequel vous vivez ?

Nous ne sommes pas expatriés. Mon mari travaillait avant de quitter Paris dans une entreprise anglaise et il avait pour mission de développer le marché français. Une fois arrivé à Londres il a dû faire un aller-retour hebdomadaire pour aller voir ses clients puis au bout de quelques temps il a fait le choix de démissionner pour une autre entreprise anglaise où il est portfolio manager.

De mon côté j’ai démissionné après dix-huit ans au sein d’une entreprise française appartenant à un groupe belge côté sur Euronext car j’avais développé une nouvelle activité pour l’entreprise et souhaitait lui donner un élan en me rapprochant du coeur de cible à Londres. Bien que l’entreprise possède une filiale au nord de Londres mes propositions ont été refusées. J’ai su quelques mois après mon départ qu’un plan social était en route et au jour d’aujourd’hui l’entreprise va être revendue alors qu’elle avait été à l’origine de la création du groupe. En arrivant à Londres j’ai créé ma société en tant qu’agent commercial pour différents fournisseurs mais lorsque je trouvais des projets les fournisseurs n’étaient pas capables de suivre donc j’ai cessé l’activité au bout d’un an. Depuis j’ai retrouvé du travail au sein d’une entreprise… française appartenant à un groupe international. En postulant je ne savais pas que l’entreprise était française et celle-ci ne recherchait pas forcément un candidat français. Les hasards de la vie…

Dès notre arrivée nous avons été chaleureusement accueillis par nos voisins, puis par des membres de l’église anglicane où nous sommes allés. Les démarches pour louer un appartement ou pour acheter sont bien plus simples pour des Français à Londres que pour des étrangers en France. Au niveau du monde du travail nous avons le sentiment qu’il y a beaucoup plus d’opportunités et que les diplômes ou l’âge des candidats sont moins importants que les compétences et la motivation.

Nous avons mis dès le départ nos enfants dans des écoles publiques anglaises et la transformation notamment sur l’aînée a été totalement radicale. Elle s’est épanouie en quelques mois. Toujours bonne élève elle avait pris la fâcheuse habitude en France de ne jamais être assez satisfaite de ses résultats et de se mettre une pression énorme sur les épaules. Elle n’était jamais félicitée ou encouragée. A Londres c’est tout l’inverse. Les enfants sont reconnus en tant que personnes, ils sont pris en main et encouragés au maximum. Au collège ils ne sont pas dans une classe précise mais dans des groupes de niveau par rapport à leur année d’études. Le plus bas étant le bottom set puis médium set et enfin top set pour le meilleur. Dans chaque groupe on pousse les enfants à progresser et un enfant peut changer de niveau aussi bien vers le haut que vers le bas. Ce qui compte plus que les résultats ce sont les efforts, qui sont récompensés par des diplômes. Les professeurs ont des primes sur résultats des élèves donc ça les motive encore plus à obtenir le meilleur des enfants. Et puis la grande liberté de l’après-midi avec des clubs de sport, d’activités artistiques est fabuleuse pour l’équilibre des enfants. Nous avons vu nos filles gagner énormément en confiance en elles-mêmes.

3/ Quelles sont les spécificités locales de votre pays d’accueil qui pourraient être les plus bénéfiques à transposer en France ?

L’état d’esprit ! Même si les Anglais se trouvent pessimistes, il n’en n’est rien comparé aux Français. A les entendre tout est possible du moment que vous en avez réellement envie. Vrai ou faux, à la rigueur peu importe car ce qui compte c’est bel est bien de s’entendre dire que c’est possible et qu’en fournissant des efforts, quand on veut faire quelque chose on peut y arriver.Les Anglais sont beaucoup moins frileux à changer de poste et d’entreprise. Il y a  beaucoup plus de mouvement, ce qui est très sain en soi. On n’entend pas parler comme en France de la sécurité à tout prix et de la retraite.

Définitivement il faudrait envoyer en Angleterre des professeurs français ou des directeurs d’écoles, collèges et lycées pour qu’ils viennent constater les incroyables bonnes pratiques anglaises comme les “Assemblées” durant lesquelles tous les élèves sont réunis pour aborder des thèmes différents aussi bien religieux que sociologiques. Le système des “maisons” que je croyais être une pure invention de JK Rowling existe bel et bien et donne aux élèves un esprit de compétition très sain entre groupes. Chaque maison gagne des points au travers de jeux sportifs ou pour bons comportements en classe par exemple.

Les Associations de Parents d’Elèves sont tellement actives que par exemple cette année dans l’école primaire de notre plus jeune le “PTA” a gagné 43 000 livres sterling qui vont servir au matériel ou aux équipements scolaires.

Le système de santé anglais a aussi des atouts comme le fait d’être payé à la source du salaire ce qui évite toutes les démarches administratives de remboursements. Les médicaments pour adultes sont à payer par les patients eux-mêmes ce qui quelque part responsabilise les gens au lieu de creuser comme en France le fameux “trou de la Sécu”. Les médicaments sont délivrés en nombre exact, les comprimés sont comptés, pas de gâchis.

La politesse est aussi très appréciable partout et en tant que Français on l’a tout de suite constaté dans les transports publics.

La place consacrée à la nature est pour nous primordiale et quel bonheur de vivre dans le Great London avec des parcs, des animaux, des jardins partout.Les Chrétiens ont le choix entre église catholique, “high” ou “low” Anglican et pour nous cela a aussi été une révélation car l’état d’esprit est beaucoup plus moderne et tourné vers les besoins actuels des fidèles.

La mixité semble parfaite mais peut-être parce que nous habitons dans le Sud-Ouest de Londres qui a une très bonne réputation. Il est fabuleux de voir des logements sociaux en plein milieux de zones remplies de maisons qui appartiennent à des familles très aisées.

4/ Qu’est-ce que vous apporte le fait d’être Français dans votre pays d’accueil ?

Comme toute personne qui vit à l’étranger on voit les choses différemment. Si je vais à Paris aujourd’hui je vois de plus en plus de pauvreté mais un touriste qui rêve de Paris peut visiter la ville avec des yeux différents car il appose ses désirs sur son environnement. Nous sommes peut-être plus heureux à Londres que les Londoniens eux-mêmes…car nous y avons trouvé ce que nous cherchions : de l’optimisme.

Nous ne sommes ni les premiers Français à vivre à Londres ni les derniers, parfois dans certains quartiers on a même le sentiment d’être en France mais malgré tout les gens sont toujours très intéressés de nous demander quelles différences nous constatons. Ils sont aussi très impressionnés par notre niveau d’anglais car peu d’Anglais finalement pratiquent de langues étrangères.

Il est très bien également de bénéficier d’une double culture, d’arriver avec des connaissances que d’autres n’ont pas et d’apprendre d’eux de nouvelles choses.