L’éducation à l’étranger: un défi de taille

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Je suis intervenu à la convention annuelle de la Fédération des Français de l´étranger du Parti Socialiste le 24 août dernier sur le thème de l´éducation. Ce fut l´occasion de présenter les dispositifs existants pour la scolarisation en français à l´étranger dans les pays de ma circonscription. J´ai insisté sur le plan écoles élaboré en 2007 par l´Ambassade de France au Royaume-Uni. Le plan écoles est une initiative structurée visant à réunir les acteurs publics et privés autour de la scolarisation en français au Royaume-Uni.

Le plan écoles s´est doté de trois objectifs, la scolarisation en français du plus grand nombre, le développement de structures bilingues au Royaume-Uni et la mise en place de projets FLAM. Un groupe de travail est constitué pour chaque objectif. Pour l´instant, l´objectif ayant retenu la plus grande attention est le premier avec la création d´un établissement bilingue (le Collège Franco-Britannique de Londres ou le CFBL en 2011) conventionné avec l´AEFE en 2011 puis l´extension des possibilités grâce à l´ouverture d´un nouveau lycée partenaire de l´AEFE, le lycée Winston Churchill de Wembley qui connaît sa première rentrée. Le lycée Charles de Gaulle vient de fêter son centenaire et est un établissement à gestion directe qui fait l´objet d´énormément de demandes.

L´objectif 1 visait à scolariser environ 1000 élèves supplémentaires d´ici 2020. Il est pratiquement atteint avec cependant une difficulté de taille, puisque le lycée Winston Churchill est privé et que ses frais de scolarité sont largement supérieurs à ceux du lycée Charles de Gaulle. Pour les familles, c´est une source d´anxiété puisque les frais de scolarité augmentent de plus de 30% dans certains cas. Je pense notamment aux familles nombreuses où le suivi des fratries fait que l´investissement est très lourd. Le rapport du député Philip Cordery et de la sénatrice Claudine Lepage vise à plafonner cette augmentation des frais de scolarité. Nous avons ici une difficuté de taille avec un paradoxe: s´il est louable de vouloir augmenter le nombre de places, il ne faudrait pas que cette augmentation se traduise par une dilution des moyens publics et une sélection encore plus forte des élèves par ces frais de scolarité. Le lycée Charles de Gaulle peut être fragilisé par cette dilution car j´ai entendu à plusieurs reprises le fait qu´il avait des frais de scolarité assez bas. Vu qu´il possède les locaux, les frais de scolarité restent relativement peu élevés.

Les bourses allouées ne suffisent pas véritablement à compenser les frais de scolarité élevés du lycée Winston Churchill. En outre, les bourses sont fléchées pour les établissements à gestion directe (EGD) comme le lycée Charles de Gaulle. Il n´est donc pas question d´augmenter le nombre de bourses pour Wembley dans ces conditions. Depuis le début de l´année, des commissions d´affectation communes pour les trois établissements ont été créées de manière à réguler les ”cohortes” d´élèves (c´est le terme employé). Le CFBL, que j´avais eu le plaisir de visiter l´année dernière, est un établissement dynamique reposant sur un enseignement bilingue à parité horaire: les enfants bénéficient de la moitié de leur emploi du temps enseignée en anglais et de l´autre en français. Selon moi, c´est ce type de structure qui doit se développer, même si les difficultés sont réelles: le directeur m´avait fait part de la forte mobilité enseignante car il est rare de recruter des enseignants ayant un profil bilingue, certains passant une année dans l´établissement avant de rejoindre le lycée Charles de Gaulle où les conditions de travail peuvent sembler plus avantageuses. On tombe sur un effet de concurrence entre les établissements qu´il faudrait pouvoir maîtriser. L´avenir de nos relations bilatérales dépend étroitement à mon sens des générations bilingues que nous pouvons favoriser pour asseoir une entente mutuelle entre nos deux nations.

Les projets FLAM se développent avec une trentaine d´écoles au Royaume-Uni. Depuis 2008, le nombre d´écoles FLAM a été multiplié par quatre. L´association ”Parapluie FLAM” a pour objectif de fédérer ces projets qui dépendent souvent de l´investissement de certaines personnes. Nous voyons bien ici qu´entre les dispositifs top-down (dépendant essentiellement des moyens publics, de l´AEFE, du réseau culturel et des acteurs privés entrés dans la gouvernance de ces établissements par le biais de conseils d´administration) et les initiatives bottom-up forcément plus brouillonnes car moins organisées, la scolarisation du francais au Royaume-Uni reste un défi dans un pays qui n´est pas francophone et dont les autorités locales ne sont pas très intéressées par le développement de structures bilingues.

Lors de cette convention fédérale, j´ai eu l´occasion d´écouter des interventions sur l´éclosion d´autres projets FLAM comme à New York. La Fédération des Français de l´étranger du Parti Socialiste a en son sein de nombreuses personnes impliquées dans ces projets. La vérité du terrain plaide pour une approche bottom-up avec une possibilité d´éclairer les moyens publics de l´AEFE pour structurer ces initiatives dans le temps. En revanche, l´idée qui consiste à vouloir allouer un chèque de 1.500 euros par famille est doublement injuste, d´une part parce qu´il n´y a aucune considération du revenu et d´autre part parce que l´argent public constitué par l´impôt de nos compatriotes n´a pas à être divisé de cette manière. L´action extérieure de l´État est là pour guider et penser notre influence éducative dans le monde.