Choisir la migration économique ou la solution européenne ?

« Free movement for those who have jobs », est-ce la bonne solution?

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La crise des migrants occupe les médias depuis plus d’un mois en France. Au Royaume-Uni, cela fait bientôt deux mois que la crise de Calais agite les responsables politiques et l’opinion publique, laissant libre cours à un discours réellement anti-européen. Au-delà des provocations habituelles et des notes d’humour, la crise des migrants va bien au-delà d’une régulation franco-britannique, il s’agit d’un problème européen. Seule une régulation européenne efficace permettra de trouver des solutions justes et adaptées.

La ministre de l’Intérieur britannique Theresa May, qui a rencontré à plusieurs reprises son homologue français Bernard Cazeneuve pour évoquer les conditions d’un accord solide réaménageant les principes de l’accord bilatéral du Touquet de 2003, a déclaré qu’il fallait accueillir les migrants ayant un travail. En d’autres termes « free movement for those who have jobs ». Elle a bien évidemment étayé son argumentation en rappelant que nous devions revoir les principes de Schenghen pour pouvoir mieux réguler les flux migratoires et éviter ces drames de migrants.

Les accords de Schenghen ont permis l’abolition des contrôles frontaliers pour les États signataires, ces accords ont été par la suite consacrés par le traité d’Amsterdam de 1999. Avec leur concrétisation, c’est la liberté de mouvement en tant que droit européen fondamental qui se trouvait réaffirmée. Vouloir sélectionner les migrants en fonction de leur capacité économique (obtention d’un emploi) est une fausse piste illustrant la méconnaissance ou le mépris du projet européen.

Un débat à venir

Les migrants recherchent de meilleures conditions de vie et de travail, ils fuient pour la plupart des pays en guerre ou des États en ruine. Nous vivons une terrible fracture géopolitique allant du Moyen-Orient jusqu’à l’Afrique subsaharienne. La pression migratoire est parfois la conséquence de conflits non résolus et les choix de politique étrangère ont des conséquences dans les alliances qu’il faut nouer. Pour faire face à cette situation, il importe de réévaluer les mécanismes de solidarité européens et de proposer un droit d’asile unifié. Certes, certains pays comme la Suède souhaitent même accueillir encore plus de réfugiés et ne pas accepter une politique de quotas. On ne peut pas se donner des quotas, mais on peut équilibrer les demandes de manière à mieux réguler les flux migratoires.

La tentation de la migration économique (« free movement for those who have jobs ») est un réflexe classique qui a aussi le revers de la médaille : lorsque de nombreux citoyens qualifiés quittent un État pour un autre, des tensions peuvent apparaître dans les relations. L’Europe s’est faite par les migrations, elle doit trouver les ressources pour réguler cette pression migratoire et dans le même temps contenir les dérives identitaires et nationalistes. Retrouver les conditions d’une hospitalité pour assurer un rayonnement et des valeurs, tels sont les défis de l’Union européenne. Le débat britannique de l’année prochaine est aussi le nôtre, il aura le mérite de clarifier les positions des uns et des autres. »

Vous pouvez retrouver mon article en ligne sur le site Globaliz Now.