Un conte initiatique pour enfants et adultes

C’était au Festival d’Édimbourg, du 7 au 31  juillet. 

Capture d’écran 2015-09-18 à 18.29.52

 » A Édimbourg, Skins and Hoods, de Gustave Akakpo, mis en scène par Matthieu Roy, transporte le quotidien des enfants de la Seine-Saint-Denis sur d’autres rives, où il résonne avec la même force.

Avec ses douze festivals, son in et son off, qui font une seule et même grande fête recouvrant la capitale et ses collines volcaniques sous près de cinq mille spectacles, de toutes les formes et de toutes les langues, le Festival d’Édimbourg est unique au monde. Après une première expérience en 2013, où il donne la version anglaise de Prodiges de Mariette Navarro, traduite en How to Be a Modern Marvel par Katherine Mendelsohn, Matthieu Roy y revient par la grande porte avec Skins and Hoods, du Togolais Gustave Akakpo, présentée à l’Institut français d’Écosse dans le fringe. C’est la seconde vie et la nouvelle peau de Même les chevaliers tombent dans l’oubli, à nouveau joliment traduit par Katherine Mendelsohn, qui sait aller à l’essence même du texte. On aime cette association de «  peaux  » et «  capuches  », les capuches étant à nombre d’adolescents une seconde peau, et pouvant encore signifier «  quartiers  »… Dans cette simple accolade entre deux mots, elle ouvre déjà à tout l’univers métaphorique de l’auteur togolais. Créée en 2014, à la suite d’une commande du conseil général de Seine-Saint-Denis, la pièce était la première d’une trilogie, Visages de notre jeunesse, que Matthieu Roy a fait suivre de Martyr, de Marius von Mayenburg, puis de Days of Nothing, de Fabrice Melquiot.

Tout est en noir et blanc, en clair-obscur, ouvrant l’imaginaire

Ici, tout démarre à la cour de récré. Ils sont cinq enfants à tourner autour de Mamadou, à le harceler sous le regard de George qui, comme son prénom ne l’indique pas, est une fille. Mais si Mamadou et George sont de vrais enfants et d’excellents comédiens (Thierry Mabonga et Moyo Akandé), les autres sont des images. C’est la première bonne surprise de ce trouble dans le genre et dans les formes où la vidéo (Nicolas Comte) apparaît comme organiquement liée au jeu, donnant une véritable vie à l’image et rendant les adolescents présents à force égale. De hauts et simples panneaux nus reflètent la cour d’école, mais aussi la maison de George où va surgir sa mère en talons aiguilles, ou encore une cabane abandonnée. Tout est en noir et blanc, en clair-obscur, ouvrant encore l’imaginaire. Le fil conducteur de l’histoire est celui qui relie Mamadou et George. Ils sont dans la même classe. Lui est noir, elle est blanche. Lui rêve d’être d’ici, tandis que les autres le renvoient sans cesse à un ailleurs. Elle aurait voulu naître en Afrique, s’est inventée une autre enfance, et a même fini par dérober une peau noire à une enfant morte. Lorsqu’elle va à l’école, elle met cette peau noire, qu’elle quitte lorsqu’elle revient chez elle. Jusqu’au jour où une ombre lui dérobe ses deux peaux… et où elle se retrouve avec un épiderme à vif, «  couleur de lune  ». Sans plus aucune protection. Rythmée et réglée comme une chorégraphie, Skins and Hoods atteint par moments une grâce totale dans cette alchimie de jeu d’acteurs vivants et numériques rarement donnée à voir. Parfois, on a le sentiment que cela se brouille de quelques Larsen où l’on perd un peu le texte. Mais ces petites failles n’éteignent pas le plaisir d’entendre, portée sur la scène, adressée au même moment à des enfants et des adultes, une parole forte et visionnaire des problématiques sociétales et politiques d’aujourd’hui. Face aux alertes et aux troubles du monde, des auteurs répondent qu’ils sont là. « 

Vous pouvez retrouver l’article complet sur le site de l’Humanité ici