Les débats à l’Assemblée nationale sont-ils dépassés?

Jeremy Corbyn, le nouveau leader du parti travailliste anglais, a affronté le Premier ministre David Cameron lors de l’exercice traditionnel au parlement. Un art du débat qui pourrait inspirer en France?

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En Grande-Bretagne, le parti d’opposition a changé de leader. A peine nommé, Jeremy Corbyn est passé par l’épreuve du parlement face au parti au pouvoir mené par David Cameron.

Globaliz : Quelles leçons tirez-vous du débat d’introduction Corbyn versus Cameron?

 » J’ai trouvé ce débat passionnant et surtout l’introduction d’un nouveau style participatif par un parlementaire aguerri, Jeremy Corbyn. Le fait d’avoir préparé cette séance de questions au premier ministre en consultant les électeurs marque une première. 40.000 mails avec une mise sur agenda des thèmes par les électeurs, Jeremy Corbyn poursuit la même ligne adoptée lors de la campagne interne pour être le chef de l’opposition, à savoir rendre la parole aux gens pour que leur voix soit entendue. Il y a comme une forme de mandat impératif qui ressurgit au sein d’une tradition parlementaire ancienne, c’est ce qui a rendu ce premier échange policé passionnant puisque le Premier ministre Cameron a dû répondre à ces préoccupations, que ce soit sur le logement ou sur la prise en charge des maladies mentales.

Sur le plan musical, il y a une extraordinaire puissance éloquente qui s’y est dégagée. Les questions sont rythmées, l’audience parlementaire ponctue les transitions, les rallentendo et les allegretto donnent de l’allant à ces superbes échanges avant que les parlementaires n’interrogent le Premier ministre sur des points précis concernant leur circonscription.

Sur le plan des idées, est-ce une bonne chose que les antagonismes s’expriment aussi clairement?

Les idées sont toujours complexes, je suis de ce point de vue de l´école d’Edgar Morin. Les clivages sont nécessaires pour les identifications, mais il est intéressant de voir ce qui fait ressortir la cohérence d’une politique ou au contraire son manque d’unité. Les antagonismes permettent aux lignes idéologiques de se maintenir; comme cela le cap n´est jamais perdu. C´est bien là le défi: savoir élaborer un cap, celui du temps long des idées, des idéologies et des croyances pour ne pas tomber dans un simple management du quotidien.

Cela vous inspire-t-il pour moderniser les débats au parlement français?

La tradition parlementaire anglaise est imprégnée d’un affrontement ritualisé entre l’opposition et le gouvernement, elle s’est progressivement imprégnée d’un rythme binaire avec la majorité affrontant l’opposition. Le face-à-face rend cet affrontement encore plus musclé qu’au sein de notre hémicycle. Lors de ce premier débat, Jeremy Corbyn a rappelé que la théâtralisation de cet exercice avait ses limites, ce qui est un constat similaire que l´on peut faire en France. Quand on sait en France que le gouvernement doit aussi répondre aux questions des sénateurs, je pense qu’une séance de questions au gouvernement par semaine en session ordinaire le mercredi après-midi suffirait. Le bruit de fond de l’hémicycle rend ce théâtre désuet. Reprendre le chemin de l´écoute et avoir des questions plus participatives élaborées en amont avec les gens pourrait être une innovation intéressante. Après tout, les ministres consultent l’opinion pour la préparation de certains projets de loi, l’Assemblée a également mis en ligne des consultations citoyennes, on pourrait imaginer des questions au gouvernement reprenant un mode plus participatif.

Le deuxième changement pourrait avoir lieu au sein des partis politiques. Pourquoi est-ce que les grandes formations ne pourraient pas avoir un système de shadow cabinet avec des portefeuilles ministériels de manière à préparer l’avenir de manière plus responsable? Cela ne concerne pas uniquement les Républicains, mais pourrait également convenir aux partis de la majorité car toute politique mûrie s’élabore dans l’anticipation. Le Parti Socialiste s´est doté d’un nombre considérable de secrétaires nationaux qui en sont réduits à élaborer des communiqués pour fixer la position du parti sur tel ou tel sujet. En d’autres termes, on pourrait élargir le système de shadow cabinet de manière à ce que tous les partis collent aux institutions pour pouvoir agir dessus. »

Vous pouvez retrouver mon article en ligne sur le site Globaliz Now