Rapport sur les moyens et les objectifs de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger

Le 15 décembre dernier j’ai présenté un rapport d’information  sur le projet de contrat d’objectifs et de moyens de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger devant la commission des affaires culturelles et de l’éducation.

Retrouvez mes conclusions ci-dessous:

L’appréciation globale du présent projet ne peut dans ce contexte qu’être nuancée.

De toute évidence, le contrat d’objectifs et de moyens 2016-2018, s’il trace des perspectives prometteuses pour l’avenir du réseau et maintient, tant bien que mal, l’essentiel des moyens indispensables à sa préservation, est sans doute le dernier qui puisse épargner à la puissance publique de trancher sur l’avenir de son précieux réseau d’enseignement à l’étranger. Certains interlocuteurs du rapporteur se sont même demandé si l’AEFE pourrait honorer une mission de délégation de service public dans ces conditions à l´avenir.

En sauvegardant toutes les missions actuelles de l’AEFE, le projet permet de repousser l’heure du choix entre, d’un côté, un réseau prioritairement centré sur l’attractivité et l’excellence, qui serait resserré sur les établissements homologués, moins « rigides » en gestion que les EGD et associant plus efficacement les parents à la vie du lycée, dans les zones prioritaires de la diplomatie française (francophonie, Moyen-Orient et Asie), tandis que les Français à l’étranger seraient de plus en plus scolarisés dans des établissements labélisés, et, de l’autre, le maintien d’un noyau historique raffermi dans les principales zones d’habitation des expatriés, donnant la primauté à la scolarisation à un coût abordable de nos jeunes compatriotes.

Le rapporteur insiste sur le fait qu’il y a un choix à faire en termes de stratégie. La tentation qu’il pourrait y avoir de multiplier les partenariats mènerait à une dilution du réseau qui se trouverait privé de toute capacité de pilotage. Le partenariat coûte moins cher à l’Agence et demeure attractif pour les établissements locaux dans la mesure où ils ont une autonomie de gestion. Le risque est que cet effet de dilution entraîne une transformation totale de la philosophie de l’Agence. Le rapporteur préconise la maîtrise d’un équilibre entre les EGD, les établissements conventionnés et les établissements partenaires. Il suggère pour cela que les postes diplomatiques puissent lancer des « plans écoles » dans plusieurs pays pour évaluer les besoins, les moyens et décliner les objectifs de l’AEFE. Un plan écoles s’avère plus particulièrement nécessaire dans certains pays comme Madagascar où plusieurs établissements dans des situations diverses assurent un enseignement du français. La synthèse des plans écoles aurait pour mérite en retour d’éclairer la stratégie globale du réseau et de rendre plus transparents les moyens mis à disposition par zone géographique. Selon le rapporteur, la synthèse de ces plans écoles pourrait également contribuer à affiner cette stratégie différenciée avec une approche bilingue en Europe, fondée sur des partenariats et des établissements conventionnés, et une approche francophone reposant sur des EGD pilotant la coopération éducative de la zone.

Le rapporteur recommande de supprimer les coordonnateurs de zone pour faire des économies d’échelle, et de permettre que l’Agence ait un suivi des différentes zones géographiques, ce qui importe pour son pilotage. En revanche, il prône l’extension du dispositif « plan écoles » permettant de décliner les objectifs et les moyens éducatifs propres à chaque zone géographique. Cette stratégie différenciée pourra être mise en application grâce à la double zone d’influence de la France, en Europe et dans le monde francophone. Cela suppose un choix différent en termes d’établissements dans ces deux zones. Le rapporteur rappelle la nécessité de maîtriser l’équilibre entre EGD, établissements conventionnés et établissements partenaires. Il est préférable de créer des filières bilingues dans des établissements publics locaux.

Il suggère aussi que la mobilité des enseignants et des personnels de recrutement soit repensée en refondant le décret de 2002.

L’Agence arrive à un tournant de son histoire, il importe de redéfinir sa stratégie et de ne pas masquer derrière la promotion de notre excellence éducative un paysage scolaire disparate et peu lisible.

En servant, difficilement mais efficacement, la double mission de l’AEFE dans un contexte d’assainissement budgétaire sans précédent, le présent projet de contrat doit être approuvé. Mais son exécution doit être mise à profit, dès à présent, pour trouver les moyens pérennes de préserver l’extraordinaire atout qu’est notre réseau d’enseignement à l’étranger, qui participe d’évidence à la priorité que notre pays doit donner à sa jeunesse et à l’école de la République, sur quelque territoire qu’elle soit implantée.

Je vous invite à retrouver l’intégralité du rapport ICI .