2ème INFOLETTRE DU MOIS DE DÉCEMBRE 2015

Chères et chers concitoyens d’Europe du Nord,

« Dans tout danger croît ce qui sauve » écrivait le poète Hölderlin. L’année 2015 a été particulièrement douloureuse avec des attentats terroristes, la crise grecque, les difficultés des éleveurs en France, l’arrivée massive de personnes fuyant la situation en Syrie et l’installation durable des nationalismes dans le paysage politique européen. Pour ne nommer que ces événements-là. La conférence de Paris et l’accord sur le climat nous prouvent qu’en pleine urgence, nous sommes capables de renouer avec les grandes décisions qui s’imposent.  C’est de cette lucidité-là qu’il faut s’inspirer pour prendre les décisions politiques appropriées. La France a été durement touchée par le terrorisme, elle peut répondre par la loi puisque l’arsenal législatif anti-terroriste est suffisamment adapté. L’état d’urgence a été décrété, il reste un moment exceptionnel et sous contrôle parlementaire. C’est ici qu’il faut veiller à ne pas basculer dans la surenchère sécuritaire, inefficace et néfaste pour nos libertés fondamentales. Nous devons plus nous préoccuper de l’application des lois existantes plutôt que de multiplier les textes souvent consécutifs aux événements. Une société qui a confiance en « l’esprit des lois » cher à Montesquieu est capable d’avancer.

Je fais le vœu que nous utilisions l’étendue de notre législation pour résister à cette menace sans trop rogner sur les principes de notre contrat social. De ce point de vue, je ne suis ni favorable à l’inscription de la déchéance de nationalité dans notre constitution ni à l’inclusion de l’état d’urgence. La Constitution est un texte énonçant nos droits fondamentaux, il serait dommage d’y inclure des mesures susceptibles de diviser les Français alors qu’elles n’apportent pas plus de sécurité. La nationalité est un droit sacré, la déchéance de nationalité existe dans notre Code Civil, la proclamer pour les binationaux ayant commis des actes terroristes au sein de la Constitution peut avoir des conséquences sur l’interprétation que nous pourrons faire par la suite de cette disposition. La suspicion portant sur la binationalité n’est pas la réponse au terrorisme. L’état d’urgence est proclamé par une loi organique, son inscription au sein du texte constitutionnel ne ma paraît pas utile. Cette révision constitutionnelle n’apporte pas de solutions supplémentaires, elle nous détourne des questions essentielles qui sont le vivre-ensemble, la définition du socle de valeurs républicaines et les perspectives de formation professionnelle dans notre pays. Je vous présente mes meilleurs vœux en espérant une année de solidarité où nous retrouverons le goût de bâtir des projets ensemble. Il y a à imaginer d’autres manières de penser la politique, d’évaluer le complexe au sens d’Edgar Morin, d’élaborer des systèmes économiques alternatifs non fondés sur le profit individuel, d’agir concrètement pour l’environnement grâce aux pratiques innovantes et d’investir le lien associatif. Le mot-clé à mon sens est celui de médiation : le dialogue doit pouvoir être réinstitué dans des sociétés bloquées pour trouver des solutions à nos difficultés.

Je demeure à votre écoute par courriel à cpremat@assemblee-nationale.fr ou sur les réseaux sociaux. Mes collaborateurs parlementaires à Londres et à Paris restent eux aussi à votre disposition.

Avec mes sentiments dévoués,

Christophe Premat

Vous pouvez retrouver l’intégralité de mon infolettre ICI