« Repenser le système économique et institutionnel dans lequel on vit »

J’ai récemment été interviewé par lepetitjournal.com de Stockholm. Vous pouvez retrouver mon interview ci-dessous:

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 » C’est à la fin d’une année chargée en bouleversements, en France et dans le reste du monde, que lepetitjournal.com/stockholm a rencontré Christophe Premat, député des Français d’Europe du Nord. L’occasion de faire le point sur son regard de député expatrié sur les sociétés française et suédoise, sur son activité récente au Parlement, sur les dernières élections et sur le climat en France depuis les attentats.

« Une vie de nomade »

Député de la 3e circonscription des Français établis hors de France, Christophe Premat partage son temps entre l’Assemblée nationale, la Suède où il vit, et les autres pays qui composent sa circonscription, à savoir le Royaume-Uni, l’Islande, l’Irlande, le Royaume-Uni, la Norvège, le Danemark, la Finlande, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie. Il a succédé à Axelle Lemaire, nommée Secrétaire d’Etat au numérique dans le Gouvernement Valls et partie en cours de mandat. « C’est une vie de nomade, commente-t-il. Prendre un mandat en cours, ce n’est pas chose facile car il faut reprendre en main les dossiers, tout en sachant qu’il s’agit d’un mandat temporaire lié à la place qu’occupe Axelle Lemaire au sein du Gouvernement. Mais il s’agit aussi d’une chance formidable pour découvrir ce qu’il se passe dans la circonscription et bien sûr pour être au cœur des décisions politiques. » Ne pouvant être partout, il assure le lien avec les Français établis dans sa circonscription par le biais de permanences téléphoniques ou par Internet.

2015 a été marquée par plusieurs attentats. Quelle réponse politique ? 

Fin 2015, lepetitjournal.com/stockholm retranscrivait partiellement son intervention lors du rassemblement post-13 novembre à Stockholm. « J’ai été comme chacun très touché par les attentats et en tant que député et Français vivant à l’étranger, j’ai été très sensible aux nombreuses manifestations de solidarité dans les différents pays de la circonscription ». Interrogé sur la réponse politique apportée par le Gouvernement, Christophe Premat n’hésite pas à se montrer critique : « On risque de basculer sur des thèmes de droite et d’extrême-droite. Il y a pourtant des réponses à donner : reconstruire un espace public dans lequel chacun ait sa place, s’occuper davantage de la pauvreté…» 

Fin connaisseur de la Suède où il vit et travaille, Christophe Premat apporte aussi un regard décalé sur la politique française. Alors que les récentes élections régionales n’ont fait que confirmer la montée du Front national en France par le nombre de voix, elles ont été aussi un symbole d’érosion du bipartisme. En cause ? Le contexte, d’abord. « Ces élections régionales se sont déroulées dans un climat inattendu : l’état d’urgence qui a suivi les attentats est évidemment un contexte difficile pour mener campagne. Les campagnes officielles ont été très courtes, à peine quelques semaines. » 

Mais au député aussi de fustiger des choix politiques : « On se doit, à gauche, de repenser le système économique et institutionnel dans lequel on vit ; on est dans un tournant géopolitique, alors désormais, comment allier protection des ressources et partage, en ayant conscience des problèmes économiques des populations, par exemple ? ». Et c’est sans compter les choix stratégiques : « Il y a, en Suède notamment, une culture du compromis dont on va faire l’expérimentation en France avec cette forme de tripartisme qui s’installe dans les exécutifs régionaux [la place de l’extrême-droite dans le Parlement suédois avait, il y a plus d’un an, facilité l’adoption d’un budget de l’Alliance, force politique de droite, ndlr]. Le régime institutionnel pose évidemment question, il faudra repenser nos institutions ».

Défenseur d’une Europe fédérale

Député d’une circonscription qui dépasse largement le cadre national, Christophe Premat suit de près les débats européens, qu’il souhaite voir prendre de la place dans l’espace public. Fervent défenseur d’une Europe fédérale, il prône ainsi une Europe de la culture, refusant que les échanges se limitent à des échanges commerciaux. D’ici la fin du mandat, il souhaite d’ailleurs valoriser les échanges linguistiques et promouvoir la Francophonie du Nord.

En bref dans l’actualité

Un amendement polémique

Christophe Premat a co-signé mi-novembre et avec une vingtaine de députés un amendement à la prolongation de l’Etat d’urgence visant à habiliter certaines autorités administratives à prendre des mesures exceptionnelles pour assurer le contrôle de la presse, des publications, des émissions de radio, de films ou de représentations théâtrales. Gêné par les diffusions abusives des chaînes d’information en continu lors des attentats, notamment en janvier lors du direct sur l’assaut de l’Hyper Cacher à la porte de Vincennes, le député admet cependant qu’il s’agit davantage d’un amendement d’appel. Rejeté, cet amendement a néanmoins suscité une certaine polémique. Il voulait ainsi tirer la sonnette d’alarme sur les comportements médiatiques lors de ce type d’événements.

Déchéance de la nationalité

Réagissant aux vœux du Président de la République sur la déchéance de nationalité, Christophe Premat a co-signé avec plusieurs parlementaires représentant les Français de l’étranger la tribune « Cinquante nuances de bi-nationalité » publiée sur Mediapart en fin d’année. Qualifiée d’ « inutile », « cette mesure ouvre une fissure dans la communauté nationale entre 60 millions de nationaux et 5 millions de binationaux qui seront seuls concernés par cette déchéance d’un nouveau type ».

Je vous invite à retrouver mon interview sur le site lepetitjournal.com de Stockholm.