Comment lutter contre le terrorisme dans nos sociétés démocratiques ? Liberté, égalité, fraternité ou urgence, sécurité, vigilance? »

J’ai présenté mes voeux le 11 janvier à Stockholm lors d’une conférence organisée par l’école de langues Europaspråk au musée du Moyen-Âge de Stockholm qui rassemblait pour l’occasion une trentaine de personnes.
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Cette date est importante, car c’est exactement un an après le magnifique rassemblement citoyen qu’avait connu la France suite aux attentats perpétrés à Charlie-Hebdo. J’ai rappelé le fil des événements et surtout le contexte de la réaction politique après les attentats au Bataclan le 13 novembre dernier. La mise en place de l’état d’urgence, le message du Président au Congrès, l’annonce de la possible déchéance de nationalité pour les terroristes binationaux furent abordés dans le débat avec la salle.
J’ai rappelé ma position contre ces deux mesures car elles peuvent faire des entorses à nos valeurs fondamentales. Un pays fort est un pays qui croit en ses lois et en les lois votées dernièrement. Nous avons voté un certain nombre de lois anti-terroristes ainsi que la loi sur le renseignement pour confier davantage de pouvoirs spéciaux à la police et aux services de renseignement ainsi qu’au parquet. Introduire ce type de dispositions dans la Constitution risque très rapidement de créer un état d’urgence permanent au moindre risque, ce qui n’est pas souhaitable. L’important pour un Etat de droit est de sortir de l’exception pour ne pas s’y enliser. En tous les cas, il m’apparaît important que le contrôle du juge judiciaire soit renforcé.
Ce fut l’occasion aussi de relire les articles 1, 16 et 36 de la Constitution pour comprendre leur esprit. L’une des conclusions de la conférence est que la meilleure manière de lutter contre le terrorisme est de veiller à l’animation de contre-pouvoirs démocratiques. Donner plus de pouvoirs à l’exécutif peut être problématique, nous avons besoin de recul et de réflexion sur l’urgence et l’immédiateté.
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Sur la déchéance de nationalité, la salle a compris qu’il s’agissait surtout de se poser la question de la présence ou non sur notre sol des terroristes condamnés. L’extradition n’est pas non plus toujours une solution. Il faut travailler diplomatiquement, signer des coopérations d’entraide judiciaire avec certains pays et faire évoluer la compétence de la Cour Pénale Internationale pour qu’elle puisse inclure des crimes terroristes. Il existe des alternatives et il est important de ne pas céder sur nos valeurs pour envisager des solutions laborieuses mais adaptées afin de ne pas permettre en France ce qu’ont mis en place les Etats-Unis après le 11 septembre.