Infolettre mi-Mars 2016

Madame, Monsieur, chères et chers concitoyens d’Europe du Nord,

« L’homme est la nature prenant conscience d’elle-même » écrivait au 19e siècle le géographe libertaire Élisée Reclus. Si l’examen du projet de loi sur la biodiversité intervient en seconde lecture à l’Assemblée Nationale cette semaine, il faut reconnaître que son temps de préparation a été allongé.

Pourquoi une telle incubation? Pourquoi y a-t-il eu un délai d’une année entre son examen en commission et son examen en séance lors de la première lecture? Tout simplement parce que ce texte suscite des résistances et que les lobbies profitent de ces atermoiements du calendrier parlementaire pour contourner certaines dispositions législatives, je pense en particulier à une revendication portant sur l’interdiction des néocotinoïdes. Certes, le terme de biodiversité, inventé par le biologiste Edward Osborne Wilson n’est pas à mon sens le plus adapté à la situation actuelle de protection des espèces, je préfèrerais que l’on parle d’écologie humaine pour retranscrire cette dynamique relationnelle entre les hommes et leurs milieux, surtout après l’accord international obtenu en décembre dernier sur le climat.

L’article 1 de ce projet de loi évoque d’ailleurs la notion de géodiversité qui entre directement en résonance avec les territoires et les indicateurs géographiques développés lors du projet de loi sur l’agriculture et l’avenir de l’alimentation en 2014. C’est peut-être cet aspect qui est révélé indirectement par la crise agricole que nous traversons, nous perdons ce lien à la Terre et ne sommes plus capables de préserver un secteur primaire en voie de disparition complète.

Comment transmettre des savoir-faire et établir une relation entre les hommes et ce qu’ils cultivent? Peut-on encore rêver de souveraineté alimentaire même si la proposition de loi du 14 janvier dernier sur ”l’ancrage territorial de l’alimentation” proposait de maîtriser les circuits territoriaux des aliments entre le producteur et le consommateur? Pour nous qui vivons à l’étranger et à de rares exceptions ne travaillons pas dans le secteur agricole, cette question est essentielle car elle est liée à l’image de notre nation dans le monde entier.

Agricultrice, c’est le choix assumé par ma collègue députée Sophie Dessus qui nous a quittés au début de ce mois et à qui je rends un hommage pour son beau combat pour la préservation du patrimoine, de l’artisanat, des savoir-faire et de la relation aux territoires. Ayant eu l’honneur de siéger à ses côtés en commission des affaires culturelles, je garderai en mémoire l’énergie et l’enthousiasme dont elle disposait.

Avec mes sentiments dévoués,
Christophe Premat

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