Mon audition à l’Assemblée des Français de l’étranger

Lors de la dernière session de l’Assemblée des Français de l’étranger, j’ai été invité lors d’une audition conjointe des commissions des finances et de l’enseignement à présenter mon rapport sur le contrat d’objectifs et de moyens 2016-2018 de l’AEFE et à débattre avec le sénateur Olivier Cadic sur la vision et l’avenir de l’AEFE.

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J’ai dans un premier temps rappelé les difficultés de financement du réseau AEFE du fait de la baisse continue des dotations (-2% par an et coupe de 1.4% au titre du PLF 2016) et de l’accroissement continu des effectifs (+6%).

J’ai également souligné que le réseau de l’enseignement français à l’étranger demeure un précieux atout pour la France mais son modèle économique est cependant fragilisé par la contraction de ses ressources. De nombreux efforts sont demandés au réseau, j’ai préconisé leur financement par des ressources extérieures pour éviter de faire supporter ces efforts sur les frais de scolarité.

Olivier CADIC propose un constat similaire mais des solutions différentes, puisque pour lui priorité doit être donnée à l’enseignement aux Français. Il a insisté sur le fait que 75 % des enfants français vivant à l’étranger n’étaient pas scolarisés dans des écoles françaises et donc maitrisaient mal ou pas le français, condition essentielle de l’exercice d’une pleine citoyenneté.

Voici les solutions qu’il avance pour s’assurer que tous les Français, même ceux naissant hors de France, parlent la langue de la République :

  • Accélération de la création d’écoles françaises à l’étranger (AEFE, Mission Laïque Française, initiatives privées,…) par le développement de solutions économiques d’enseignement en français pour les enfants qui ne vivent pas à proximité d’une école française. Le CNED, centre d’enseignements à distance, et le réseau des Alliances Françaises sont des atouts pour atteindre cet objectif.
  • Faire émerger le concept de « Plan Ecole ». Son application à Londres en utilisant les techniques de management participatif associant les élus avec les parents d’élèves, les personnels enseignants, les représentants des entreprises et de l’administration ont permis la création de fondations pour le financement de l’immobilier et l’ouverture de deux écoles et d’un lycée en 8 ans.
  • Le principe de « Chèque éducation » afin que les parents reçoivent un chèque de l’État français, correspondant au coût de l’éducation de leurs enfants, ce qui implique nécessairement une suppression du système des bourses, à utiliser dans l’école française de leur choix, pour y régler les frais de scolarité. La répartition des enfants dans les établissements se fait non plus sur des critères de zone géographique mais sur le choix des parents. Les écoles ont une grande indépendance pour choisir leur pédagogie et les valeurs enseignées. Les parents pourront aussi s’unir pour créer des établissements français à l’étranger qui seront en partie financés par ces chèques éducations mais aussi s’associer avec des partenaires locaux pour assurer à leur enfant un enseignement bilingue.

Voici pour ma part les propositions concrètes que j’ai avancées sur la base de l’analyse du COM 2016-2018 pour conserver la double mission de rayonnement et d’enseignement de l’agence:

  • Multiplier les partenariats : coût moins élevé pour l’Agence et attractif pour les établissements locaux mais risque de dilution du réseau, d’incapacité de pilotage et de transformation de la philosophie de l’Agence
  • Garder un équilibre entre les établissements à gestion directe (EGD), les établissements conventionnés et les établissements partenaires, les EGD doivent être consolidés
  • Créer un espace éducatif européen et solliciter la Banque Européenne d’Investissements
  • Accroître le nombre d’établissements bénéficiaires du label FrancEducation (filières bilingues francophones dans des établissements scolaires étrangers) : 55 établissements étrangers sont bénéficiaires du label.
  • Soutenir les initiatives extrascolaires : Français Langue Maternelle – FLAM (pratique de la langue française chez des enfants français ou francophones scolarisés à l’étranger dans une autre langue: faire passer le nombre d’associations bénéficiaires de 138 à 175 en 2018).
  • Associer davantage et renforcer la coopération avec le ministère de l’Éducation Nationale aux actions de l’AEFE.
  • Diversifier ses ressources : faire passer les financements par les pays hôtes de presque rien aujourd’hui à 15 millions d’Euros en 2018.
  • Repenser la mobilité des enseignants et des personnels de recrutement refondant le décret de 2002.

L´idée est d’éclairer la stratégie globale du réseau, de rendre plus transparents les moyens mis à disposition par zone géographique et d’affiner cette stratégie différenciée avec une approche bilingue en Europe fondée sur des partenariats et des établissements conventionnés et une approche francophone reposant sur des EGD pilotant la coopération éducative de la zone.