Infolettre mi-Avril 2016

Madame, Monsieur, chères et chers concitoyens d’Europe du Nord,

Dans ses ouvrages et ses conférences, le sociologue Zygmunt Bauman effectue une différence entre ce qu’il nomme la modernité solide et la modernité liquide. Bien loin des clichés sur le postmodernisme, il montre que la modernité liquide s’appuie sur des idées telles que le postulat de la flexibilité, la souplesse et l »élasticité de la vie alors que la modernité solide est plutôt liée à des repères plus fixes dans l’organisation des conditions de travail.

Dans le débat qui s’est ouvert depuis un mois en France sur le projet de loi « nouvelles libertés et nouvelles protections pour les entreprises et les actifs” (appelée ”loi travail”), nous retrouvons ce clivage entre ceux qui sont soucieux de préserver des trajectoires professionnelles cohérentes et ceux qui théorisent les ruptures de la vie professionnelle et la nécessité de travailler dans plusieurs cadres organisationnels.

D’un point de vue nordique, ce projet de loi aurait mérité de porter uniquement sur le Compte Personnel Activité (le CPA) synthétisant le compte pénibilité et le compte épargne-temps. L’idée de changer une culture organisationnelle et politique en préparant des accords de branche et non des accords d’entreprise est assez proche de ce qui se fait dans les pays d´Europe du Nord. Le problème est que notre dialogue social est fortement dégradé et que les syndicats et les organisations patronales restent faibles et peu représentatifs du monde du travail. Un tel projet de loi a besoin d’un cadre collectif assez fort pour éviter que ce CPA ne devienne un argument pour une simple flexibilisation du travail.

C´est l’occasion de réfléchir sur les conditions de travail, sur l’alternance des rythmes, les nouvelles maladies professionnelles, le phénomène du burn out et le droit à la déconnexion. Comme l’écrivait l’architecte Richard Sennett, les sociétés plus égalitaires sont celles qui sont fondées sur un modèle coopératif où les individus apportent une valeur ajoutée à l’organisation. Il est donc fondamental que ce CPA ne soit pas réduit à une individualisation du rapport au travail, mais qu’il soit un repère pour les trajectoires professionnelles des personnes ayant également exercé à l’étranger.

Si vous habitez à proximité de Londres, je vous invite par la même occasion à venir écouter et rencontrer Axelle Lemaire qui fera une présentation le 15 avril à 11h45 au King’s College sur la manière dont le numérique bouscule nos schémas de pensée et contribue à la réorganisation collaborative du travail.

Avec mes sentiments dévoués,
Christophe Premat

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