Infolettre du 19 avril

Madame, Monsieur, chères et chers concitoyens d’Europe du Nord,

On ne va pas demander à François Hollande d’être le théoricien de son propre mandat. Plus le quinquennat avance, plus l’ébullition médiatique se fait pressante. En réalité, cette dernière n’a pas cessé depuis le début comme si le régime présidentiel était finalement l’orchestration d´un concours pour le premier prix de la visibilité faisant apparaître le miroir cruel d´une certaine forme d’impuissance collective. Les décisions politiques sont lourdes pour maintenir un cap, le pouvoir étant la mise en scène d’une forme de tragédie.

Le tout est de ne pas tomber dans la comédie du pouvoir qui ne fait rire plus personne. Au Ve siècle avant Jésus-Christ, les Grecs ont lié philosophie, politique et tragédie. La tragédie, c’est la mise à distance des limites auxquelles sont soumises nos décisions, c’est aussi le fait d’avoir à assumer leurs conséquences. Lorsqu´une procédure d’ostracisme était prononcée à Athènes, chacun était tenu de la respecter.

La succession des crises que nous vivons et les décisions politiques engageant notre avenir tranchent avec le divertissement médiatique auquel nous sommes conviés non sans paradoxes. Les sondages nous font part d’un désir de renouvellement politique et placent Alain Juppé en tête des choix. Alain Juppé, c’est le roi des cumulards, celui qui a coché toutes les cases avant de concourir au dernier sacre. Autrement dit, notre régime présidentiel survit sur le mythe de l´homme providentiel et de la personnalisation du pouvoir rejetant les partis dans les arcanes des petites manœuvres. Pourtant, comment vivent les idées collectives et qui concourt à l’élaboration des programmes?

Alors que la plupart des régimes politiques européens s´appuient sur des premiers ministres responsables de leur action politique, le nôtre repose sur un janus exécutif alimentant les pronostics sur les prochaines échéances présidentielles. D´ailleurs, le reste n´importe peu, les taux des participation des autres élections ne rivalisant en rien avec celui des élections présidentielles. Ce rythme haletant, cette fatigue démocratique qui s´installent, ne présagent rien de bon. Espérons simplement qu´une crise de régime ne soit pas trop violente pour aboutir à une transformation institutionnelle rendant le pouvoir politique accessible et exerçable.

Le mouvement Nuit debout est à ce titre emblématique d´une parole politique qui ne demande qu´à se libérer au sens où Michel De Certeau l´analysait dans son ouvrage sur La prise de parole. Prendre la parole, se réapproprier les biens communs, prendre le temps de réfléchir et d´analyser le présent, telle est la tâche de l´activité politique. C´est cela qui est tragique et beau et les Grecs avaient en ce sens raison.

Avec mes sentiments dévoués,
Christophe Premat

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