Infolettre du 29 avril

Retrouvez l’intégralité de l’infolettre ici.


Madame, Monsieur, chères et chers concitoyens d’Europe du Nord,

Dans leur ouvrage Et si on arrêtait les conneries, Dany Cohn-Bendit et Hervé Algalarrondo plaident pour un changement de régime institutionnel avec l’adoption de la proportionnelle intégrale pour favoriser des coalitions et des compromis nécessaires aux réformes à entreprendre. Si l’idée est intéressante et si le cadre majoritaire de la Ve République peut apparaître inadapté à notre temps, il nous importe de ne pas uniquement rester obnubilé par le mode de scrutin. Le changement institutionnel serait davantage un préalable à une transformation constitutionnelle plus fondamentale. Le paradoxe du pouvoir est souvent que les croyances en la décision politique souveraine se muent en sentiment d´impuissance alimentant frustrations et déception collectives.

Si les analyses de Dany Cohn-Bendit et d’Hervé Algalarrondo sonnent justes sur la proportionnelle, le reste est beaucoup trop bâclé et trop éphémère pour constituer un véritable socle de réflexion. Nous vivons davantage dans un régime politico-médiatique où la parole journalistique multipliée par les chaînes d´info traque, juge, plaque et confirme ce que le système veut.

La commission des affaires culturelles et de l´éducation de l’Assemblée nationale a lancé à juste titre un travail de fond sur l’indépendance des médias par le biais d´une proposition de loi (à consulter ici). Nous devons poursuivre cet effort critique pour éviter que le marché médiatique ne renforce et programme nos manières de lire les événements. Dans Sur la télévision, le sociologue Pierre Bourdieu montrait que la scénographie médiatique n´était jamais neutre et que même si les tours de parole pouvaient être distribués de manière plus arithmétique, un inconscient social habitait les échanges avec une inégalité de statut des locuteurs. Lorsqu’on voit la manière dont on montre les échanges autour du mouvement Nuit debout, on peut se demander si on prend le temps d’analyser ce qui s´y passe.

Au-delà du mépris affiché par certains responsables publics, ce mouvement traduit un besoin de parler, d’échanger, de contredire, de comprendre et de devenir acteur politique. Sachons garder ce débat ouvert et permettre à ces mouvements de contribuer à un puissant mouvement d’idées et d´ingénierie sociale dont nous avons tant besoin pour penser et préparer l’avenir.

Avec mes sentiments dévoués,
Christophe Premat