Déjeuner-débat du 30 mai à Stockholm

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Sur l’invitation de l’école de langues Europaspråk et devant un public composé de Français et de Suédois, j’ai présenté la situation législative de la France deux semaines après le passage de la loi travail à l’Assemblée. Ce fut l’occasion de comparer deux cultures de la négociation sociale et d’expliquer les raisons du blocage du dialogue social avec les grèves et les manifestations en plein état d’urgence. L’article 2 de la loi El Khomri proposait d’inverser la hiérarchie des normes et d’instaurer la négociation à l’échelle de l’entreprise. On ne passe plus par la loi mais on va négocier directement dans l’entreprise des accords alors que la syndicalisation est faible avec un taux de 8% en France. J’étais pour ma part favorable au compromis établi par la présidente de la commission des affaires sociales, Catherine Lemorthon, qui prévoyait un contrôle a priori de ces négociations par la branche. Une profession, c’est un savoir-faire, une qualification et une expérience, d’où la nécessité d’impliquer les salariés de la même profession pour une meilleure régulation collective. L’accord au niveau de l’entreprise risque de faire exploser une jurisprudence locale du travail, ce qui va à l’encontre de la simplification des normes recherchée.

J’ai ensuite abordé la question du vote britannique du 23 juin qui a des conséquences sur les autres pays européens et je suis revenu sur la conjonction de crises traversée par le continent. L’avenir de l’Europe est de construire une zone tampon pour amortir les effets de la mondialisation et proposer des normes sociales et environnementales avancées, ce qui est difficile vu la pression concurrentielle sur le plan économique. Il y a à penser la manière de convertir les migrations en source de régénération pour l’avenir.

Des lycéens suédois francophones assistaient à cette conférence et m’ont posé des questions sur les alternatives économiques envisagées pour l’avenir. L’économie de marché est souvent l’impensé des réformes comme si c’était la seule possibilité alors que d’autres chemins peuvent émerger comme l’économie sociale et solidaire et peut-être même l’économie collaborative selon le modèle généré. Dans quelques jours, la compétition de l’Euro 2016 débutera, cette manifestation sportive est l’un des trop rares vecteurs d’identification pour les citoyens européens tout comme l’Eurovision.

Enfin, je suis revenu sur les acquis de l’Union européenne et les progrès réalisés sur le plan de la protection des droits de l’homme. L’Union européenne se resserre de plus en plus autour d’un agenda intergouvernemental à plusieurs vitesses, d’où la nécessité de se battre pour une clarification des règles. A quand des votes à double majorité comme pour les cantons suisses ? Comment susciter une identification politique des citoyens à l’Europe ?  Il y aurait là matière pour une campagne des européennes avec des promesses d’intégration du référendum au sein des différentes législations nationales pour rapprocher le citoyen des décisions politiques.