Agir avec responsabilité dans le respect de l’Etat de droit

Le fait d’avoir assisté à l’horreur à Nice impose de s’élever à la hauteur de l’événement et à la dignité de l’action politique. Je suis revenu brièvement sur le contexte des débats en France sur la radio suédoise P1 lundi 18 juillet (intervention à retrouver ici).

À quelques mois des élections présidentielles, la polémique politique qui a immédiatement surgi au moment même du deuil ne sert pas l’unité nationale à un moment où le pays a été frappé le jour de sa fête nationale. La responsabilité politique implique à la fois d’être maître de ses sentiments et d’agir avec lucidité et fermeté. Il appartient de dire la vérité liée au risque de fanatisme de certains individus. Nous ne pouvons avoir un Etat ultra-sécuritaire avec des policiers partout, c’est une vue de l’esprit. La lucidité implique de ne pas nommer un ennemi imaginaire, mais de comprendre la réalité de la menace pour adapter une réponse efficace sur le long terme.

Il existe une fracture géopolitique allant du Moyen-Orient jusqu’au Sahel avec des Etats fragilisés et des mouvements terroristes tentant d’avoir une mainmise sur certains territoires. Le problème est extérieur là où prospère l’Etat islamique sur les décombres des régimes irakiens et syriens, il est intérieur où plusieurs individus sont tentés par des attaques kamikazes relayées abondamment sur toutes les formes de medias.

C’est précisément là qu’est la difficulté, car déjouer ce type d’attaques est extrêmement compliqué. La lutte contre le terrorisme est une préoccupation légitime, je ne sais pas si un discours de guerre est réellement adapté. Nous sommes en guerre en Syrie même si nous n’avons pas envoyé de troupes au sol, nous luttons contre les actions terroristes en France. L’opération Sentinelle a été renforcée, les effectifs de la police et de la gendarmerie ont été augmentés, les lois de protection (renseignement, lutte anti-terroriste) ont été déjà adoptées.

Le président Hollande a eu raison de ne pas céder à la formule, un attentat, des mesures. Il faut mobiliser ce qui existe déjà et surtout faire preuve d’intelligence tactique dans l’anticipation des attentats qui ne se ressemblent pas. La prorogation de l’état d’urgence doit pouvoir permettre de lutter plus rapidement contre les foyers terroristes, mais il ne faudrait pas s’imaginer que le retour à l’état normal signifie un moins-disant en termes de sécurité. L’état d’urgence autorise des moyens exceptionnels de perquisition pour pouvoir cerner la dangerosité de certains individus, mais il augmente également les dispositifs de surveillance. Le débat politique, s’il y en a un, devrait porter sur l’équilibre entre sécurité et liberté. Voulons-nous préserver nos libertés quitte à accepter que le risque terroriste fait partie de notre quotidien ou voulons-nous ériger en valeur suprême la vie et accepter de renoncer à certaines de nos libertés ? Selon moi, le débat serein sur la sécurité devrait être inspiré par ce dilemme, je suis favorable à la protection de nos principes collectifs car un tournant sécuritaire supplémentaire mettrait à mal notre République. Nous devons pouvoir lutter contre le terrorisme dans un cadre strictement républicain.