Infolettre du 22 juillet

Retrouvez l’infolettre du 22 juillet dans son intégralité ici.

Monsieur, chères et chers concitoyens d’Europe du Nord,

L’image de la polémique politique sortie de l’attentat de Nice nous écarte de la hauteur de vue à atteindre. Et pourtant, nous avons été touchés le jour de notre fête nationale alors même que nous avions besoin d’un tel moment d’unité.

Les sociétés démocratiques sont fragilisées par le terrorisme, elles doivent à la fois trouver les moyens de se défendre et ne pas mettre à mal leurs principes. Avoir été un témoin direct de ces événements ne me donne pas une légitimité supplémentaire, mais au contraire une humilité profonde face à ces existences défaites un soir de fête. Si la prorogation de l’état d’urgence peut se comprendre pour donner les moyens aux forces de sécurité et à la justice de concourir à la lutte contre le terrorisme, il faut prendre garde à ne pas basculer dans un discours sécuritaire qui mettrait à mal notre régime républicain.

Face à la montée des revendications identitaires, il était sage, comme l’a fait le Président de la République, de ne pas annoncer des mesures dictées par l’émotionLes dispositifs législatifs ont tous été votés, il faut les mettre en pratique, les tester et les évaluer. La formule du genre « un attentat, une loi d’exception » confond les temporalités et doit être bannie. L’état d’urgence demeure un régime d’exception défini par la loi de 1955 qui implique un vote par le Parlement. Il ne saurait être une arme constitutionnelle à laquelle on recourt de manière systématique.

Émotion, compassion et lucidité sont les maîtres-mots de cette douloureuse pause estivale, il importe de ne rien céder sur le fond et les valeurs quand le bateau tangue. Le pays traverse des épreuves difficiles dans un contexte géopolitique en mouvement.  Comme l’écrivait Jacques Derrida dans « La bête et le souverain », nous devons aspirer à cette dignité inconditionnée « ‪si du moins il y a un cap, et la pointe d’un cap, car avec une souveraineté problématique, c’est la figure du cap, du caput, de la tête, du capitaine du navire, du chef, du capital, que nous questionnons ». Le cap républicain est donné, à nous de ne pas dévier de cet objectif ultime pour trouver notre place au sein de ce récit qui a une histoire.

Avec mes sentiments dévoués,

Christophe Premat