Infolettre du 29 juillet

Voici l’infolettre du 29 juillet. Bonne lecture!

« La guerre n’a jamais été plus insaisissable que ces jours-ci. Elle me manque, car enfin, si elle n’existe pas, qu’est-ce que je fous ici ? » écrivait Jean-Paul Sartre dans Les carnets de la drôle de guerre. L’effroi s’est de nouveau emparé de notre pays avec un assassinat lâche d’un prêtre officiant dans une église à Saint-Etienne-du-Rouvray. L’impact est symbolique car il s’agissait avant de tout d’attaquer un symbole religieux, un culte pour réactiver la mythologie d’une guerre des religions. Deux jeunes fanatisés sont passés à l’acte avec des armes blanches. Des questions légitimes se posent sur le suivi des jeunes radicalisés ou en voie de radicalisation. Il est trop tôt pour savoir pourquoi le juge a ordonné une détention avec des heures de liberté surveillée, les médias oublient parfois que nous sommes dans un Etat de droit présupposant une séparation des pouvoirs. La justice a besoin de moyens pour fonctionner, la police a besoin d’être allégée sur des tâches quotidiennes, les prisons sont surchargées et devraient pouvoir éloigner les individus les plus dangereux. Dans ce cadre, je me félicite que le gouvernement annonce pour le projet de loi de finances 2017 des moyens supplémentaires pour la justice, la police et l’armée. Il faut pouvoir renforcer notre sécurité publique et anticiper les attaques qui ne sont pas les mêmes. Dans ce contexte, un supplément d’intelligence collective nous est demandé : les polémiques de Nice sont indignes du visage républicain que nous devons afficher, les surenchères sécuritaires sont contraires à nos valeurs. Le débat porte sur la protection de notre Etat de droit avec des mesures exceptionnelles auxquelles nous pouvons recourir et un Etat d’exception où tout est possible avec une surveillance généralisée et une régression profonde. Cette surveillance généralisée ne garantirait pas une protection maximale et nous céderions sur le fond des valeurs et sur un imaginaire que nous avons construit collectivement et patiemment depuis la Révolution française. Alors, parler de guerre, peut-être, mais c’est une drôle de guerre avec un ennemi qui est loin que nous n’affrontons que par bombe interposée en Syrie et un ennemi qui est si proche caché parmi les nôtres. Que faire ? Comment reconquérir nos territoires délaissés, réinvestir des réseaux d’éducation populaire et éviter que la fracture sociale ne s’accélère ? Une meilleure économie de marché fondée sur la concurrence avec des perdants et des gagnants est-elle l’horizon indépassable de notre temps ? Je ne le crois pas d’où la nécessité de retisser du lien social, de redéfinir les activités humaines autrement que par la seule valeur travail. L’imaginaire républicain doit être ressaisi, réexpliqué pour provoquer une adhésion profonde tout comme l’imaginaire européen sur la primauté des droits fondamentaux.