#20 PORTRAITS DES FRANÇAIS DE L’ÉTRANGER

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Je suis ravi de vous présenter le portrait d’un Français établi à Vilnius, Lituanie depuis 17 ans.

1/ Pour quelles raisons avez-vous choisi de vous installer à l’étranger ?

J’ai suivi le cursus pour l’obtention de mes CAP de boulangerie et de pâtisserie entre 1988 (j’avais 16 ans) et 1991. A partir de 1991, dans le cadre du marché unique européen en gestation, le Conseil régional d’Ile de France a organisé un dispositif (stage linguistique, aide à la recherche d’un emploi…) centré sur l’artisanat, qui m’a permis de décrocher un emploi à Londres à partir de janvier 1992, puis un second, jusqu’à mon retour en France en juin 1993. A l’époque ma motivation était d’accumuler des expériences et de voyager à l’étranger.

A mon retour j’ai suivi une formation en alternance d’un an pour l’obtention d’un brevet professionnel en boulangerie, à l’intérieur duquel était organisé un échange avec des étudiants de Saint-Petersbourg, de là démarre ma motivation pour les pays de l’Est.

Chef boulanger en 1997, l’étape d’après aurait été d’ouvrir ma boulangerie, mais dans mon cas, à 25 ans, sans relations, ça s’est avéré trop difficile. J’étais donc dans une voie de garage.

En 1999, un de mes anciens examinateurs, devenu retraité, aidait une chaîne de grandes surfaces installée en Lituanie à créer des boulangeries. Mon premier séjour à Vilnius est intervenu en juillet 1999 et a duré deux semaines. On m’a alors proposé un contrat de travail comme responsable du développement des boulangeries et pâtisseries de cette chaîne, et j’ai commencé en septembre. C’était le moyen de sortir de la routine, et de l’identité qui m’était assignée d’»arabe de banlieue ».

En parallèle j’ai rencontré dès mon premier séjour à Vilnius celle qui deviendra mon épouse, avec laquelle j’ai maintenant deux enfants.

2/ Pouvez-vous nous raconter votre parcours professionnel et personnel d’expatrié depuis votre installation jusqu’à aujourd’hui et la relation que vous entretenez avec le pays dans lequel vous vivez ?

En 2004, après 5 ans à développer les boulangeries/pâtisserie de la chaîne, j’ai ouvert ma boulangerie, avec une aide financière de mon ancien employeur. Au bout de 5 ans, du fait du propriétaire, j’ai été contraint de fermer la boulangerie et de me mettre à chercher du travail, tout en effectuant des missions en « free-lance » (également hors de Lituanie, au Kazakhstan, au Belarus et en Russie). Finalement en 2011 j’ai été embauché par la première chaîne de supermarchés du pays, comme responsable production-suivi de la qualité des boulangeries-pâtisseries.

Au bout de 16 ans de séjour en Lituanie, je peux dire qu’il m’a bien fallu dix ans pour franchir toutes les barrières linguistiques et culturelles. Bien que les mentalités évoluent, il m’arrive cependant encore d’être témoin de manifestations de xénophobie qui me révoltent toujours.

3/ Quelles sont les spécificités locales de votre pays d’accueil qui pourraient être les plus bénéfiques à transposer en France ?

La capacité de se transformer, des possibilités plus importantes d’évolution professionnelle en fonction des seuls talents et compétences .

4/ Qu’est-ce que vous apporte le fait d’être Français dans votre pays d’accueil ?

Outre une certaine francophilie ambiante, dans mon domaine professionnel ça vaut reconnaissance de compétence.