Infolettre du 10 septembre

Retrouvez ma nouvelle infolettre ici.

Madame, Monsieur, chères et chers concitoyens d’Europe du Nord,

Who cares about politics? Vous êtes de plus en plus nombreux à m’interroger sur le sens de la politique aujourd’hui. Certains d’entre vous m’avez confié ne pas être intéressés par les débats, les réactions, les citations, les petites phrases, les moqueries.

Le philosophe Régis Debray parlait d’une « médiocratie », c’est-à-dire d’un pouvoir très fort accordé aux supports de communication. Paradoxalement, nous avons besoin des médias pour propager une opinion, des faits et des analyses; or, il y a bel et bien un dilemme entre propagande et esprit critique voire subversif. Que faire dans ce tourbillon? Justement, rester dans la nuance, ne pas céder à la simplification, adapter la pensée complexe chère à Edgar Morin pour animer notre capacité citoyenne. Cela signifie investir les lieux de débat, les communautés d’échange, les associations et faire circuler des idées à tester.

Albert O. Hirschman évoquait à juste titre l’histoire politique comme étant une succession de cycles de participation. Le système représentatif est lui une série de déceptions programmées qui créent au mieux de l’indifférence au pire du mépris. Hirschman montrait qu’il existait une corrélation entre déception, insatisfaction matérielle et engagement politique. Dans des phases d’insatisfaction matérielle, les citoyens sont plus portés vers l’action politique pour exprimer leur état d’esprit et leur situation sociale. Intéresser les citoyens à la vie politique n’est pas la caractéristique première des systèmes représentatifs, il faut pour cela des mécanismes efficaces de participation citoyenne et pas simplement des consultations multiples en ligne.

Dans le chapitre II du livre II du Contrat Social, Rousseau évoquait les « charlatans japonais » qui par des tours de passe-passe s’amusaient à dépecer un enfant aux yeux des spectateurs, à jeter en l’air ses membres avant de reconstituer le corps. C’est exactement la même chose qui se produit en politique avec le réenchantement de l’unité du corps social face aux menaces de dislocation quelles qu’elles soient. Pas de prestidigitation, des propositions concrètes et un cap pour donner envie aux citoyens d’être plus actifs et de perturber le jeu des représentants. Cela passe par une réforme profonde de nos institutions.

Avec mes sentiments dévoués,

Christophe Premat