Infolettre du 20 septembre

Vous pouvez retrouver ma dernière infolettre ici.

Madame, Monsieur, chères et chers concitoyens d’Europe du Nord,

La théorie du moindre rejet, c’est la manière dont est appréhendée la prochaine échéance électorale majeure de notre pays. En d’autres termes, le/la prochain-e président-e sera confronté-e dès le mois de juin 2017 à une forte impopularité. Ne plus compter sur la magie de l’état de grâce ni sur un ethos surdimensionné dans un pays qui se cherche. D’ici là, l’exercice des primaires devrait permettre, non sans débordements, de confronter des programmes, des propositions et des idées pour pouvoir gouverner dans les meilleures conditions et retrouver une marge de manœuvre pour notre pays.

Machiavel définissait l’art de gouverner par le couple virtù/fortuna. La virtù, c’est l’art de ménager une vision forte sur le long terme en dépassant une vision circonstanciée, opportuniste et contingente des événements. La fortuna, au contraire, caractérise le fait de dépendre de la Providence, c’est-à-dire des circonstances et des crises du moment. Les promesses de réformes de l’emploi échouent la plupart du temps car elles ne dépendent pas uniquement de la bonne volonté des responsables politiques, mais des acteurs économiques, exemple de fortuna. Il faut pouvoir réformer dans les secteurs qui dépendent de nous, c’est-à-dire du budget public et cela suppose un investissement dans la formation professionnelle tout au long de la vie, dans l’éducation et dans les politiques familiales pour toucher le quotidien de nos compatriotes. Agir sur les structures plutôt que sur le marché qui ne dépend pas de nous, c’est selon ce critère que nous pourrons juger de l’efficacité des prochaines réformes. Sur le plan de la politique étrangère, il faut également comprendre la position géopolitique de la France, puissance moyenne avec un rayonnement déclinant. Pourtant, nous disposons d’atouts acquis dans l’Histoire, un siège au Conseil de sécurité de l’ONU, une voix dans certaines arènes internationales. Certes, il y a le projet européen en morceaux qu’il faudrait reconstruire sur la base de coopérations concrètes entre les États voisins, le Brexit nous contraint à le faire. Il y a également un non-alignement à réinvestir pour ne pas être dans une optique atlantiste et pour jouer un rôle diplomatique de première importance. La réintégration de la France au commandement militaire de l’OTAN décidée en 2011 sous la présidence de Nicolas Sarkozy et qui n’a pas fait de bruit, a été un contresens historique. Nous gagnerions en autonomie politique en imaginant des alliances avec d’autres pays pour élargir le cadre de nos échanges et renforcer notre poids politique dans les grandes questions internationales. Dans le cas du Président, la virtù diplomatique est essentielle dans un monde apolaire où plusieurs grandes puissances se neutralisent et où les États fragilisés se multiplient.

Avec mes sentiments dévoués,

Christophe Premat