PENSER LA MOBILITÉ, PARTAGER LES COÛTS ?

Retrouvez ma tribune sur la mobilité parue dans Economie Matin le 14 janvier.

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La proposition de loi sur le déclenchement des mesures d’urgence lors de pics de pollution prolongés adoptée en janvier 2016 n’est qu’une étape intermédiaire dans le nécessaire aménagement de la politique des transports publics, dans la réflexion profonde à mener sur la circulation en ville et dans l’indispensable ajustement des mesures sanitaires qui relèvent des pouvoirs publics en matière de pollution de l’air par l’ozone.

Si cette proposition de loi m’a semblé judicieuse, la mise en œuvre des mesures prises en pleine période d’alerte à la pollution nous empêche trop souvent de réfléchir aux causes qui nous conduisent à ces situations. Le débat sur les seuils est important puisque c’est en fonction de la définition et de la délimitation de ces seuils que s’enclenchent ou non les procédures dont les conséquences se font ressentir sur le fonctionnement des transports publics, sur la circulation des véhicules dans les villes et les métropoles et, à fortiori, sur la population.

Plus largement, et au-delà de la question des seuils, se pose le problème de la diversification des transports dans les métropoles et les espaces urbains. La ville doit être mobilisable d’une autre manière et la mobilité doit pouvoir être repensée de façon à circonscrire au mieux le déclenchement de ces procédures. Les différentes natures de contraintes dans lesquelles sont pris les individus nous invitent à réfléchir sur des transports plus adaptés.

 

La mise en place de la circulation alternée se révèle être une décision salutaire en termes de santé publique. L’autopartage, qui tend à se développer de plus en plus partout en France en Europe, donne la possibilité pour les usagers de réfléchir aux conditions de leur mobilité. Une prime au transport collectif ou encore des incitations pour encourager l’utilisation d’autres moyens de transport que la voiture individuelle pourraient être mises en place.

En revenant sur la gratuité des transports en commun en cas de pic de pollution et en prévoyant la mise en place d’un titre spécifique « antipollution » utilisable lors des jours d’alerte de pollution et de circulation alternée des véhicules, la présidente du Conseil régional d’Île-de-France ne fait que reporter sur les usagers le manque à gagner de la mise en place de la gratuité sans penser en termes de mobilité combinée ou de commutations possibles entre les différents modes de transports.

Dans ma circonscription d’Europe du Nord, j’ai pu observer depuis plusieurs années le fort impact des péages urbains sur les réflexes quotidiens. On constate en effet que les usagers délaissent leur voiture individuelle à l’entrée de la ville pour utiliser un transport collectif. Cette commutation des transports a un effet bénéfique et quantifiable mais a surtout permis la disparition progressive des alertes aux pics de pollution.

Légiférer à court terme ou prendre des mesures au plus pressé présente le risque de s’accoutumer à l’urgence écologique et sanitaire alors que nous pourrions par des mesures très simples établir une cartographie des permutations possibles.

Je suis pour ma part convaincu que nous pouvons trouver un accord sur l’automaticité de cette procédure bien qu’elle ne nous dispensera pas d’un débat de fond sur la place des intermodalités dans les métropoles.

N’est-ce pas d’ailleurs là le nouveau défi des villes dites intelligentes de développer un réseau équilibré et économe des transports ?