#13 BREXIT – TÉMOIGNAGE D’UNE FRANÇAISE AU ROYAUME-UNI

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1) Pour quelles raisons avez-vous choisi de vous installer au Royaume-Uni ?

Le Royaume-Uni m’a choisie ! Suite à un coup de foudre alors que je travaillais en Belgique, je suis arrivée à Londres en septembre 1984 et je partage d’ailleurs toujours ma vie avec la même personne.

2) Quel est votre ressenti et quelle est votre expérience, en tant que Français établi au Royaume-Uni, depuis le vote Brexit du 23 juin ?

Sentiment de rejet. Je ne décolère pas. Nous sommes devenus des pions sur un échiquier dont  le gouvernement britannique ne maîtrise pas du tout les règles, pire il semble aller à l’aveuglette et fait preuve de beaucoup d’arrogance. Les britanniques n’ont jamais cru au projet européen en tant que tel et donc ils ont claqué la porte sans aucune considération stratégique, totalement bernés par les leaders de LEAVE.

3) Dans quelle mesure ce vote a-t-il influencé la relation que vous entretenez avec le pays et avec les Britanniques ainsi que vos projets futurs (en termes d’activité professionnelle, de mobilité et de choix lié à la nationalité) ?

Les Britanniques que je fréquente sont aussi inquiets, donc nous sommes sur la même longueur d’onde.

Ma relation avec le pays s’est refroidie. J’ai fait du bénévolat. Je suis membre de diverses associations (RSPB, Alexandra Park Trust, BBBCT, PDSA). Je n’y renoncerai pas mais j’ai fait un legs à l’une de ces organisations et j’avoue songer à revoir ma décision.

Ceci étant dit je ne vais pas me désengager de mes activités ni songer à rentrer en France de suite. Ma vie est ici au moins jusqu’à la retraite. Je travaille pour le NHS ayant travaillé dans la City (20 ans) et dans d’autres secteurs. A 58 ans ce serait encore plus difficile de se recaser en France. Pour la retraite, j’envisage de rentrer en France (si le FN ne passe pas) mais nous verrons d’ici là où il fera mieux vivre globalement.

Je ne prendrai pas la nationalité britannique. Je reste française (patriote très très critique mais pas nationaliste), européenne (j’ai travaillé à la CE), ayant passé la plupart de ma vie en Angleterre dû aux hasards de la vie et participant totalement à la société.

4) Quelles sont vos attentes vis-à-vis des gouvernements français et britannique, et de l’Union européenne ?

Nous devons avoir confirmation immédiate du gouvernement du R.U. que nous pourrons rester sans avoir à justifier notre existence – 32 ans d’impôts et de cotisations sociales devraient suffire… Pas de permis de résidence, paiement des retraites (état, secteur privé et public) dans leur intégralité que nous prenions la retraite en Angleterre ou en France, accès maintenu comme aujourd’hui aux services de la santé, héritage: reconnaissance des testaments.

Dans notre cas, nous ne sommes pas mariés et je n’envisage pas de prendre la nationalité britannique. En cas de décès de mon « partner » il est impératif que j’ai accès à nos biens.

Le gouvernement français doit faire de même avec les britanniques sur son sol et l’UE se porter garant de nos droits quitte à utiliser les tribunaux.
Tous les membres de l’UE doivent se mettre au travail pour réformer les institutions,  travailler efficacement, en toute transparence, redonner confiance. Il faut avoir du courage et relancer une Europe fière de son passé  aussi de pointe, diverse, tolérante. Plus de vieille Europe mais une Europe qui va de l’avant. Sans vision commune dans le respect de ses membres, ce ne sera qu’une machine administrative sans avenir. Ma peur c’est qu’elle ne se désintègre avant même que Brexit n’arrive à son terme. Quitter l’UE est devenu un substitut pour exprimer un mécontentement que je comprends par ailleurs. C’est son exploitation par certains milieux politiques et la faiblesse des autres à réagir qui fait peur.