#4 Brexit – Témoignage d’un Français au Royaume-Uni

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1) Pour quelles raisons avez-vous choisi de vous installer au Royaume-Uni ?

En 1977, après une période de formation dans un groupe industriel français, j’ai eu l’ offre de joindre son opération commerciale au RU pour diriger le département comptabilité/finance. Après (presque) 40 ans et avoir progressé au sein de la société filiale britannique, maintenant en retraite, je suis toujours au RU sans aucune intention de le quitter. J’ai établi au cours de ces années une famille ici, marié à une citoyenne britannique et avec deux enfants (adultes), sans position de replis sur le continent. 

Employé par une société sous le régime fiscal britannique, j’ai contribué, au cours de ces années, par mes impôts et contributions de sécurité sociale au financement du pays. Je suis maintenant retraité touchant une retraite d’entreprise (revenus sujets à imposition).

Je suis donc établi au RU plus par le résultat de circonstances que de choix mais je n’ai jamais mis ce résultat en question.  J’ai été accusé (et ai sans doute en conséquence perdu mon emploi) ‘to have gone native’. Je l’accepte et cela, sans doute, explique aussi mon profond désir d’assurer que je puisse continuer à apprécier l’hospitalité britannique.

2) Quel est votre ressenti et quelle est votre expérience, en tant que Français établi au Royaume-Uni, depuis le vote Brexit du 23 juin ?

Il me semble que la réponse au referendum au RU reflète peut-être une opinion partagée dans d’autres pays membres de l’UE qui n’ont pas le courage d’offrir à leurs citoyens l’option d’exprimer leur sentiment. L’Europe semble etre dirigée par une elite de l’ «establishment» a la Juncker, Tusk, et qui n’est intéressée seulement par leur propre glorification, leur place dans l’histoire et qui n’a que peu ou pas d’intérêt pour le commun des mortels autant que leurs intérêts soient assurés. Cette attitude est particulièrement évidente dans leur approche belliqueuse et parfois puérile (ce qui n’est d’ailleurs malheureusement pas  leur exclusivité). L’EU a une attitude perçue comme dictatoriale émanant de bureaucrates élus indirectement et complétement détachés de la réalité des citoyens ce qui a en partie provoqué le vote britannique contre l’Europe. Ils essaient de créer une fédération par la force mais nous ne sommes pas à l’époque des colonies des Etats Unis d’Amérique du 19eme siècle.

3) Dans quelle mesure ce vote a-t-il influencé la relation que vous entretenez avec le pays et avec les Britanniques ainsi que vos projets futurs (en termes d’activité professionnelle, de mobilité et de choix lié à la nationalité) ?


Au cours de ces 40 ans je n’ai jamais essayé de faire partie d’un groupe d’expatriés, j’ai toujours évité l’option ghetto et j’ai toujours essayé de faire partie de la communauté. Je pense que j’ai réussi car je n’ai jamais eu un commentaire adverse. Bien sûr tout dépend du groupe de gens que l’on fréquente et certainement dans mon cas, même après le referendum, le résultat n’a pas détérioré mes relations avec des gens d’opinions différentes. Un aspect de la tolérance locale que j’apprécie mais que j’admets n’est pas toujours présente partout.

4) Quelles sont vos attentes vis-à-vis des gouvernements français et britannique, et de l’Union européenne ?

Ah !, ou commencer ?

Mes souhaits sont :

  • Que nous, citoyens européens,  ne soyons pas traités comme monnaie d’échange. J’entends bien que dans un cadre de négociations qui seront difficiles, les atouts sont gardés très secrètement mais lorsqu’il s’agit de la vie de gens qui ont consacré de nombreuses années à la vie de leur pays de résidence, la situation actuelle s’apparente à une prise d’otages !
     
  • Que la France, pays de tradition d’accueil et d’asile, donne l’exemple de [leadership] en déclarant unilatéralement la garantie des droits des citoyens britanniques y résidant, citoyens qui vraisemblablement ont voté en majorité ‘Remain’. Mais sans doute ‘wishful thinking’ de la part d’un pays qui semble en ce moment ‘leaderless’.
  • Que nous ne soyons plus à la merci d’un groupe de quasi-dictateurs a la Juncker, Tusk qui ont adopté une attitude punitive agressive suite à la décision démocratique d’un membre de leur groupe qui souhaite dire que le groupe ne représente plus le projet qu’il avait joint.