#16 BREXIT – Témoignage d’un Française au Royaume-Uni

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1) Pour quelles raisons avez-vous choisi de vous installer au Royaume-Uni?

Je suis venue dans les années 70 pour le Punk dont j’ai connu tous les principaux protagonistes car j’ai publié un fanzine de musique. La scène musicale et littéraire anglaise (Brontë et Austen) est un constant sujet de fascination pour moi. Le Brexit a non seulement trahit des gens comme nous mais aussi cette culture mondialement leader.

Je travaillais à Paris comme rédactrice bilingue de publicité à la JWT, puis je suis venue à Londres faire la même chose. J’ai depuis travaillé sur les plus gros budgets de pub internationaux et j’ai lancé deux agences spécialisées en transcréation (adaptation publicitaire de l’anglais en français et autre). Londres est le centre de la pub internationale.

Un homme, 100% Irlandais mais né à Londres. Pas question de le lâcher.

2) Quel est votre ressenti et votre expérience, en tant que Français établi au Royaume-Uni, depuis le vote référendaire du 23 juin?

C’est très simple, on m’a déposé des excréments de chien à ma porte d’entrée car j’avais le drapeau français à ma fenêtre pour l’Euro.

Sinon je n’ai rencontré quasiment que des Britanniques complètement choqués et dégoûtés par le Brexit. Je fais de nombreux commentaires dans le Guardian à ce sujet. La majorité approuve mes opinions qui expriment la colère et la crainte. D’autres sont du genre « Rentrez chez-vous/C’est votre faute, vous n’aviez qu’à obtenir la nationalité britannique/C’est la faute de Tusk qui n’a pas voulu garantir les droits des Britanniques dans l’UE. »

Je me sens totalement trahie et en fait très vulnérable depuis le Brexit. Ce gouvernement ne prend absolument pas en compte l’effet traumatique que cela a eu sur nous. Un jour vous êtes l’égal, le lendemain un immigrant, un indésirable, pire un otage objet d’un chantage insupportable par des gens qui n’hésiteront pas à nous sacrifier pour gagner les votes UKIP. La perte de statut, l’obtention de nouveaux papiers pour justifier notre existence et pour le maintien de droits qu’on pensait acquis pour toujours est complètement déstabilisant. C’est immoral.

3) Dans quelle mesure ce vote a-t-il influencé la relation que vous entretenez avec le pays et avec les Britanniques ainsi que vos projets futurs (en termes d’activité professionnelle, de mobilité et de choix lié à la nationalité)

Le French bashing est un fait dont la France a mis longtemps à s’apercevoir. Je ne pensais pas que j’en serai un jour victime. Je ne cèderai pas au chantage. Je ne renoncerai jamais à ma nationalité française, mon identité républicaine et ma profession en dépendent. J’ai lu le formulaire d’application pour une carte de résident permanent : il est long de 85 pages ! Je suis prête à en faire la demande mais pas avant que les autorités britanniques le simplifient sur la demande expresse de nos élus français.

4) Quelles sont vos attentes vis-à-vis des gouvernements français et britannique et vis-à-vis de l’Union européenne?

Qu’ils cessent de nous considérer comme « negociating capital », nous ne sommes pas des pions, ni des accords que l’on peut barrer sur une page. J’exige après avoir vécu toute ma vie professionnelle ici, les mêmes droits, les soins gratuits (j’ai un cancer), la retraite. Je ne suis pas contre une limite de 5 ans ou plus pour les nouveaux arrivants.