#18 BREXIT – Témoignage d’une Française au Royaume-Uni

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1) Pour quelles raisons avez-vous choisi de vous installer au Royaume-Uni ?

Je suis venue à Londres en 2005, initialement pour une période d’un an, pour y faire un master. J’ai trouvé du travail avant même la fin de ce master et suis donc restée. J’ai par la suite rencontré le père de mes deux enfants et suis maintenant bien ancrée, intégrée et heureuse à Londres.

2) Quel est votre ressenti et quelle est votre expérience, en tant que Français établi au Royaume-Uni, depuis le vote Brexit du 23 juin ?

A l’annonce de la date du référendum, j’ai éprouvé une grande colère. David Cameron a été absolument lamentable et porte beaucoup de responsabilité sur ce qu’il s’est passé. Paradoxalement, à l’annonce des résultas le 24 juin, je n’étais pas si paniquée ni ébranlée. Ce n’est que depuis cette fameuse Tory party conference que je me fais du soucis. Les fauves sont lâchés et il semble qu’il n’y ait plus de limites à l’imbécilité, l’arrogance et la xénophobie. Je n’ai pas, comme d’autres Européens, reçu des remarques offensives dans mon entourage. Les seuls propos offensifs viennent du gouvernement lui-même (Amber Rudd qui souhaiterait forcer les entreprises à rendre public le nombre d’étrangers qu’elles emploient et le ministre de l’immigration Robert Goodwill qui veut taxer les employeurs qui oseraient recruter des Européens, etc). Pour rappel, le discours de la Home Secretary Amber Rudd à la conférence du parti Tory a d’ailleurs été catégorisé par la police comme un « hate-crime incident ».

3) Dans quelle mesure ce vote a-t-il influencé la relation que vous entretenez avec le pays et avec les Britanniques ainsi que vos projets futurs (en termes d’activité professionnelle, de mobilité et de choix lié à la nationalité) ?

Je suis déçue. Je ne pensais pas que le Royaume-Uni pouvait être si xénophobe. Eurosceptique, oui, mais pas xénophobe, ou pas à ce point. Il m’arrive de rencontrer des gens qui ont vraisemblablement voté Brexit (déduction uniquement basée sur leur manière très positive d’aborder le futur hors de l’UE). Je me demande alors toujours: « souhaitent t-il réellement que je parte? Sous couvert d’être très cordiaux, veulent t-ils me renvoyer « chez moi »? ». Je trouve cela déstabilisant.

En ce qui concerne mes projets, je RESTERAI ici, ne serait-ce que pour ne pas donner raison à ceux qui voudraient me voir partir. J’ai aussi mon compagnon, britannique, mes deux enfants, franco-britanniques, avec qui nous sommes véritablement installés au Royaume-Uni. Est-ce que je serai censé rentrer en France laissant mes deux enfants et mon compagnon derrière?

Je m’attendais jusqu’à présent à ce que l’administration britannique simplifie d’elle-même la procédure pour faire la demande d’une carte de résident permanent. C’est dans leur intérêt même. Ils ne pourront pas enregistrer 3 millions de citoyens européens de cette façon, sauf s’ils veulent y passer 140 années. Je me rends pourtant compte qu’ils ne le feront pas. Ils ne vont pas déporter les Européens mais ils vont leur rendre la vie si difficile que nombreux partiront « d’eux-mêmes ». Le formulaire pour faire la demande de carte de résident faisait 18 pages en 2008. Il en fait 85 pages en 2016. Le signal est clair… J’attends donc car je me refuse, pour le moment, à remplir ce formulaire. Cet été, j’avais pensé demander la nationalité britannique, pour que mes enfants et mon conjoint et moi-même ayons une nationalité en commun. Je ne compte plus le faire. Je me sens très bien intégrée et aime beaucoup ce pays mais ce qui aurait été envisageable il y a un an ne l’est plus.

4) Quelles sont vos attentes vis-à-vis des gouvernements français et britannique, et de l’Union européenne ?

Que le gouvernement français et l’UE ne cèdent rien. Pas d’Europe à la carte. J’en serai pénalisée car les répercussions ne seront pas bonnes pour le Royaume-Uni mais depuis quand cède-t-on aux « bullies »?