Compte-rendu de mon déplacement à Vilnius (24-25 septembre)

Parler des Etats baltes de manière uniforme n’a pas beaucoup de sens, c’est en tout cas la conviction acquise lors de ce deuxième déplacement à Vilnius. L’Estonie, la Lettonie et la Lituanie sont extrêmement diverses même si elles partagent des préoccupations communes sur leur système de défense et leur positionnement géopolitique Est-Ouest. En revanche, je sens qu’il existe une relation baltico-nordique très forte de par la présence d’entreprises et de banques suédoises en Lituanie et de par l’histoire. Cette histoire commune remonte à la guerre de Livonie qui a vu s’affronter de 1558 à 1582 la Russie à une alliance formée du Danemark, de la Suède, du grand duché de Lituanie et du royaume de Pologne. Le retournement de situation a eu lieu à la fin de ce conflit et voit une victoire de la fédération duché de Lituanie-Pologne face à la Russie. Une visite au Palais des Grands Ducs de Lituanie était nécessaire pour prendre la mesure de la situation actuelle de la Lituanie dans l’Union européenne et face à la Russie.

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La statue du grand-duc Gediminas à Vilnius

Au cours de ce séjour, j’ai eu le plaisir de m’entretenir avec notre ambassadeur Philippe Jeantaud (http://www.ambafrance-lt.org/L-ambassadeur-a-recu-le-depute-des-Francais-etablis-en-Europe-du-Nord) qui m’a rappelé précisément les positions du gouvernement lituanien après le vote sur le Brexit. Ce fut l’occasion de rappeler la nécessité d’améliorer nos relations bilatérales avec tous ces pays, d’autant plus qu’ils comptent dans les décisions prises lors des Conseils européens. La France a une stratégie d’alliances politiques à défendre et ce serait un contresens méthodologique de simplement s’imaginer qu’elle pèse uniquement par son histoire dans le processus européen. Il y a des espaces diplomatiques et politiques à reconquérir et de ce point de vue les contacts avec nos homologues lituaniens sont essentiels pour la visibilité de nos positionnements dans ces pays et en Europe. La boussole lituanienne fonctionne selon un axe politique visible Ouest-Est sur les questions défense et un axe Nord-Sud économique et plus discret avec notamment le lien à la coopération nordique. De là à dire que les permanences de l’histoire économique se retrouvent avec un tracé imitant la ligne hanséatique, il n’y a qu’un pas.

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Ici avec M. Philippe JEANTAUD, ambassadeur de France en Lituanie

J’ai eu ensuite l’honneur de participer à un dîner avec l’association Français du Monde en Lituanie au Café Montmartre de Vilnius. Ce fut l’occasion entre autres d’y retrouver Bertrand Jacob et Mahmoud Idir qui ont insisté sur la nécessité de développer une relation franco-lituanienne de terrain avec les associations et des actions centrées sur le bilinguisme.

Avec l’association Français du Monde en Lituanie

Les migrations apportent des liens concrets outre une diplomatie économique essentielle. Mahmoud Idir est boulanger à Vilnius, il ne vend pas seulement du pain mais surtout l’image d’un savoir-faire, un style, une mentalité et ce qui fait la force de notre pays. Il a développé une expérience et la connaissance d’un environnement entrepreneurial et financier pour pouvoir établir son activité. Des histoires passionnantes que je suis au fil des portraits des Français en Europe du Nord. La question que je me pose, en lien avec mes activités au sein de la Délégation au droit des femmes à l’égalité des chances entre hommes et femmes, est celle de la migration et de l’établissement de nos compatriotes à l’étranger. Quel est le poids de la dimension genrée ? Avons-nous plus d’hommes qui migrent et qui suivent leur compagne que l’inverse ? Autant de questions qui seraient précieuses à affronter du point de vue de la recherche et que j’avais soulevées lors d’auditions précédentes. Je rencontre beaucoup d’entrepreneurs masculins à l’étranger et je me dis que nous avons encore du chemin à faire pour équilibrer ces trajectoires du point de vue du genre. Dans le lien au commerce extérieur, nous gagnerions à intégrer cette dimension du gender-budgeting que nous trouvons dans d’autres pays comme la Belgique, l’Espagne et l’Autriche.

#20 PORTRAITS DES FRANÇAIS DE L’ÉTRANGER

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Je suis ravi de vous présenter le portrait d’un Français établi à Vilnius, Lituanie depuis 17 ans.

1/ Pour quelles raisons avez-vous choisi de vous installer à l’étranger ?

J’ai suivi le cursus pour l’obtention de mes CAP de boulangerie et de pâtisserie entre 1988 (j’avais 16 ans) et 1991. A partir de 1991, dans le cadre du marché unique européen en gestation, le Conseil régional d’Ile de France a organisé un dispositif (stage linguistique, aide à la recherche d’un emploi…) centré sur l’artisanat, qui m’a permis de décrocher un emploi à Londres à partir de janvier 1992, puis un second, jusqu’à mon retour en France en juin 1993. A l’époque ma motivation était d’accumuler des expériences et de voyager à l’étranger.

A mon retour j’ai suivi une formation en alternance d’un an pour l’obtention d’un brevet professionnel en boulangerie, à l’intérieur duquel était organisé un échange avec des étudiants de Saint-Petersbourg, de là démarre ma motivation pour les pays de l’Est.

Chef boulanger en 1997, l’étape d’après aurait été d’ouvrir ma boulangerie, mais dans mon cas, à 25 ans, sans relations, ça s’est avéré trop difficile. J’étais donc dans une voie de garage.

En 1999, un de mes anciens examinateurs, devenu retraité, aidait une chaîne de grandes surfaces installée en Lituanie à créer des boulangeries. Mon premier séjour à Vilnius est intervenu en juillet 1999 et a duré deux semaines. On m’a alors proposé un contrat de travail comme responsable du développement des boulangeries et pâtisseries de cette chaîne, et j’ai commencé en septembre. C’était le moyen de sortir de la routine, et de l’identité qui m’était assignée d’»arabe de banlieue ».

En parallèle j’ai rencontré dès mon premier séjour à Vilnius celle qui deviendra mon épouse, avec laquelle j’ai maintenant deux enfants.

2/ Pouvez-vous nous raconter votre parcours professionnel et personnel d’expatrié depuis votre installation jusqu’à aujourd’hui et la relation que vous entretenez avec le pays dans lequel vous vivez ?

En 2004, après 5 ans à développer les boulangeries/pâtisserie de la chaîne, j’ai ouvert ma boulangerie, avec une aide financière de mon ancien employeur. Au bout de 5 ans, du fait du propriétaire, j’ai été contraint de fermer la boulangerie et de me mettre à chercher du travail, tout en effectuant des missions en « free-lance » (également hors de Lituanie, au Kazakhstan, au Belarus et en Russie). Finalement en 2011 j’ai été embauché par la première chaîne de supermarchés du pays, comme responsable production-suivi de la qualité des boulangeries-pâtisseries.

Au bout de 16 ans de séjour en Lituanie, je peux dire qu’il m’a bien fallu dix ans pour franchir toutes les barrières linguistiques et culturelles. Bien que les mentalités évoluent, il m’arrive cependant encore d’être témoin de manifestations de xénophobie qui me révoltent toujours.

3/ Quelles sont les spécificités locales de votre pays d’accueil qui pourraient être les plus bénéfiques à transposer en France ?

La capacité de se transformer, des possibilités plus importantes d’évolution professionnelle en fonction des seuls talents et compétences .

4/ Qu’est-ce que vous apporte le fait d’être Français dans votre pays d’accueil ?

Outre une certaine francophilie ambiante, dans mon domaine professionnel ça vaut reconnaissance de compétence.

Infolettre du 29 avril

Retrouvez l’intégralité de l’infolettre ici.


Madame, Monsieur, chères et chers concitoyens d’Europe du Nord,

Dans leur ouvrage Et si on arrêtait les conneries, Dany Cohn-Bendit et Hervé Algalarrondo plaident pour un changement de régime institutionnel avec l’adoption de la proportionnelle intégrale pour favoriser des coalitions et des compromis nécessaires aux réformes à entreprendre. Si l’idée est intéressante et si le cadre majoritaire de la Ve République peut apparaître inadapté à notre temps, il nous importe de ne pas uniquement rester obnubilé par le mode de scrutin. Le changement institutionnel serait davantage un préalable à une transformation constitutionnelle plus fondamentale. Le paradoxe du pouvoir est souvent que les croyances en la décision politique souveraine se muent en sentiment d´impuissance alimentant frustrations et déception collectives.

Si les analyses de Dany Cohn-Bendit et d’Hervé Algalarrondo sonnent justes sur la proportionnelle, le reste est beaucoup trop bâclé et trop éphémère pour constituer un véritable socle de réflexion. Nous vivons davantage dans un Lire la suite

Consultation citoyenne : quel avenir pour l’Union européenne ?

L’Assemblée nationale organise une consultation citoyenne en ligne jusqu’au 29 avril 2016, sur le thème de l’avenir de l’Union européenne. C’est l’occasion pour vous, en ces temps de questionnement avec le référendum au Royaume-Uni en juin, de donner votre avis sur votre vision de l’avenir de l’UE.

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L’UE, confrontée à de multiples défis et menaces, est aujourd’hui plus fragile que jamais. Elle a besoin d’un élan nouveau, qui ne pourra venir que de ses citoyens. Qu’attendre de l’Union européenne? Qu’apporte-t-elle à chacun au quotidien ? Faut-il plus, moins d’Europe ?

Les résultats de cette consultation seront présentés lors de la Conférence des présidents des Parlements de l’UE à Luxembourg en mai prochain, en même temps que ceux de la consultation lancée par la Chambre des députés italienne. Ils seront également publiés sur le site de l’Assemblée.

Pour participer, il vous suffit de vous identifier sur le site de l’Assemblée nationale, puis de répondre aux questions qui vous sont proposées.

 

Infolettre mi-Avril 2016

Madame, Monsieur, chères et chers concitoyens d’Europe du Nord,

Dans ses ouvrages et ses conférences, le sociologue Zygmunt Bauman effectue une différence entre ce qu’il nomme la modernité solide et la modernité liquide. Bien loin des clichés sur le postmodernisme, il montre que la modernité liquide s’appuie sur des idées telles que le postulat de la flexibilité, la souplesse et l »élasticité de la vie alors que la modernité solide est plutôt liée à des repères plus fixes dans l’organisation des conditions de travail.

Dans le débat qui s’est ouvert depuis un mois en France sur le projet de loi « nouvelles libertés et nouvelles protections pour les entreprises et les actifs” (appelée ”loi travail”), nous retrouvons ce clivage entre ceux qui sont soucieux de préserver des trajectoires professionnelles cohérentes et ceux qui théorisent les ruptures de la vie professionnelle et la nécessité de travailler dans plusieurs cadres organisationnels.

D’un point de vue nordique, ce projet de loi aurait mérité de porter uniquement sur le Compte Personnel Activité (le CPA) synthétisant le compte pénibilité et le compte épargne-temps. L’idée de changer une culture organisationnelle et politique en préparant des accords de branche et non des accords d’entreprise est assez proche de ce qui se fait dans les pays d´Europe du Nord. Le problème est que notre dialogue social est fortement dégradé et que les syndicats et les organisations patronales restent faibles et peu représentatifs du monde du travail. Un tel projet de loi a besoin d’un cadre collectif assez fort pour éviter que ce CPA ne devienne un argument pour une simple flexibilisation du travail.

C´est l’occasion de réfléchir sur les conditions de travail, sur l’alternance des rythmes, les nouvelles maladies professionnelles, le phénomène du burn out et le droit à la déconnexion. Comme l’écrivait l’architecte Richard Sennett, les sociétés plus égalitaires sont celles qui sont fondées sur un modèle coopératif où les individus apportent une valeur ajoutée à l’organisation. Il est donc fondamental que ce CPA ne soit pas réduit à une individualisation du rapport au travail, mais qu’il soit un repère pour les trajectoires professionnelles des personnes ayant également exercé à l’étranger.

Si vous habitez à proximité de Londres, je vous invite par la même occasion à venir écouter et rencontrer Axelle Lemaire qui fera une présentation le 15 avril à 11h45 au King’s College sur la manière dont le numérique bouscule nos schémas de pensée et contribue à la réorganisation collaborative du travail.

Avec mes sentiments dévoués,
Christophe Premat

Retrouvez l’intégralité de cette infolettre ici.