Débat avec le parti populaire danois sur le rôle des frontières et de Schengen

Je suis intervenu sur la BBC le 23 décembre pour débattre avec Kenneth Berth, député et porte-parole du parti populaire danois pour les Affaires européennes, du rôle des frontières et de l’espace Schengen. Ce débat n’est pas nouveau mais a ressurgi à l’occasion de la capture et de la mort, à Milan, de l’auteur présumé de l’attentat de Berlin. Il est pour moi évident que la fermeture de nos frontières ne permettrait en rien d’empêcher les attaques terroristes. Ceci est une fausse idée. Un contrôle complet des frontières n’est d’ailleurs pas possible, les aéroports constituant des frontières à l’intérieur de nos frontières. Suite aux attentats du 13 novembre à Paris, François Hollande avait annoncé le rétablissement immédiat des contrôles aux frontières françaises pour faire face à la menace terroriste et rassurer. Cela était nécessaire au vu de la situation. Mais il n’a pas s’agit de fermer nos frontières, ce qui n’est ni désirable ni utile sur le long-terme et ce qui est également très coûteux. C’est en revanche sur les frontières extérieures de l’Union européenne qu’il faut se focaliser en améliorant le partage d’information entre États.

La situation tragique des migrants à Calais

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Le gouvernement est pleinement mobilisé à Calais avec l’annonce de moyens exceptionnels et le déploiement de 120 fonctionnaires affectés à Calais, afin de contribuer au renforcement de la sécurisation de ce site. Le dialogue entre Eurotunnel et les services de l’Etat est continu pour que le site soit pleinement sécurisé à l’intérieur.

Depuis le début de l’année, il y a 230.000 entrées irrégulières dans l’espace Schenghen, en provenance de la Corne de l’Afrique, de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan. A calais, 3.000 migrants ont tenté de rejoindre le Royaume-Uni.

Face à cette situation humainement dramatique, la France engage des moyens exceptionnels, et, sait qu’elle peut compter sur le partenariat fructueux noué avec le Royaume-Uni :

  • Bernard Cazeneuve a rencontré le 28/07/2015 son homologue britannique Theresa May et obtenu que le Royaume Uni  apporte 10 millions d’euros supplémentaires notamment pour la sécurisation du site d’Eurotunnel. Cet engagement nouveau vient s’ajouter aux 15 millions d’euros, déjà mis en œuvre dans le cadre de la déclaration conjointe de septembre dernier, notamment pour la sécurisation du port.
  • La France et le Royaume-Unis [ont] également pris la décision de renforcer [leur] coopération de renseignement.

« A Calais, l’Etat prend donc toutes ses responsabilités. Qu’il s’agisse de maintenir l’ordre public, de démanteler les filières, d’éloigner les étrangers en situation irrégulière ou de mettre en place des solutions humanitaires pour les migrants et demandeurs d’asile. » (B. Cazeneuve 29/07/2015)

« Le groupe Eurotunnel doit également prendre les siennes notamment en ce qui concerne la sécurité au sein même de son emprise. Le dialogue entre les services de l’Etat et Eurotunnel est continu. (…) » (B. Cazeneuve 29/07/2015)

Cette action de l’Etat à Calais s’inscrit dans le prolongement des efforts exceptionnels consentis depuis neuf mois maintenant :

  • Une sécurisation de la frontière par des travaux de barriérage sur le port et le tunnel et des renforts exceptionnels en forces de l’ordre ;
  • L’évacuation de l’ensemble des campements illicites en centre-ville ;
  • Le renforcement des moyens consacrés par la police aux frontières aux retours forcés et au démantèlement des filières de l’immigration clandestine ; 17 filières à destination du Royaume Uni ont été démantelées depuis le début de l’année, soit quatre fois plus que sur l’ensemble de l’année 2014 ;
  • La mise en place d’un accueil humanitaire au sein du centre Jules Ferry, comprenant un accueil de jour et un hébergement de 110 femmes et enfants pour plus de 10 millions d’euros, financés par l’Etat et l’Union européenne; 2000 repas sont ainsi fournis chaque soir aux migrants ;
  • Un accès facilité à la demande d’asile en France pour ceux des migrants qui en relèvent : 930 migrants ont ainsi pu bénéficier, au cours des neuf derniers mois, d’une prise en charge et d’un hébergement à l’extérieur de Calais après avoir effectué une demande d’asile en France.

« (…) La France a été en première ligne pour que des solutions européennes globales et fortes puissent permettre un traitement à la fois humain des migrants qui relèvent du statut de réfugiés en Europe, et ferme de ceux qui sont dans une situation irrégulière après avoir franchi les frontières extérieures de l’Union européenne. » (B. Cazeneuve 29/07/2015)

La mise en place de hot spots en Italie et en Grèce, au moment du franchissement des frontières extérieures de l’UE, doit permettre de mieux identifier ceux qui relèvent du statut de réfugié et d’organiser la reconduite à la frontière de ceux qui sont en situation irrégulière.

« [Le Gouvernement] est dans la volonté de la solidarité à l’égard de ceux qui subissent des persécutions, et nous sommes aussi dans la responsabilité. » (B. Cazeneuve 29/07/2015).

Pour ma part, je rejoins les demandes d’un sommet exceptionnel franco-britannique pour arriver à un véritable accord transfrontalier à l’instar de celui que nous avons ratifié au Parlement en juin dernier avec la Belgique.

D’autres idées (une commission d’enquête parlementaire commune aux deux pays) pourraient être bienvenues, mais il faut travailler à l’accord. Il montre encore une fois le paradoxe d’une Europe à plusieurs frontières avec l’espace Schenghen qui crée ce type de situation.

La solution n’est pas française, elle est européenne et bilatérale pour être pleinement efficace.

Retrouvez mon intervention de ce jeudi 30 juillet sur la BBC Radio 4 ici