Infolettre du mois de janvier 2016

Chères et chers concitoyens d’Europe du Nord,

Déchoir ou ne pas déchoir et pendant ce temps notre société est en ébullition à la recherche d’un lien pouvant unir des individus d’horizons, de cultures et de quartiers différents. Le défi est immense, mais il n’est pas à ignorer.

Le débat sur la déchéance de la nationalité a lieu en ce moment, ce serait une erreur de s’y enfermer pour ne pas se poser les questions sur notre lien social, l’engagement civique et les formations d’avenir. Il faut comprendre le fonds de ce débat : une fois que nous avons jugé des terroristes, faut-il les garder ? L’expulsion ne règlera rien et nous aurons fait une entorse à nos principes, une victoire de plus pour eux.

Je propose en revanche que nous portions le débat sur une réponse pénale universelle soit en élargissant les compétences de la Cour Pénale Internationale sur le jugement des actes antiterroristes soit en œuvrant à la mise en place d’une juridiction spécialisée sur ces questions. Cela permettrait de donner un cadre à la coopération d’entraide judiciaire entre la France et un certain nombre d’Etats.

Il faut sortir du débat sur les symboles pour se poser les bonnes questions. Le Code Civil peut très bien être complété pour y inclure une perte de droits civiques et sociaux des individus condamnés pour actes terroristes. La lutte antiterroriste n’est pas simple car elle suppose des accords préalables sur la qualification de ces actes.

Que ce soit au Nigéria, en Turquie, en Egypte, ces attentats fragilisent nos sociétés et renforcent la mise en place de législations sécuritaires. Faire le pari du droit international, c’est retrouver le chemin de l’intelligence collective, nul doute que les Français du monde ont à apporter leur pierre à l’édifice.

Je demeure à votre écoute par courriel à cpremat@assemblee-nationale.fr ou sur les réseaux sociaux. Mes collaborateurs parlementaires à Londres et à Paris restent eux aussi à votre disposition.

Avec mes sentiments dévoués,

Christophe Premat

Vous pouvez retrouver l’intégralité de mon infolettre ICI

Faut-il affronter les extrêmes ou s’unir face à eux?

J’ai récemment publié un article sur le site de Globaliz Now sur l’évaluation de la perturbation des systèmes politiques européens par l’arrivée de nouveaux élus d’extrême-droite.

Les élections régionales se sont achevées dans un contexte particulièrement chargé entre l’état d’urgence et surtout le pacte universel climatique qui a été adopté le 12 décembre dernier. Bien que le Front National ait été défait au second tour, il enregistre une progression historique avec 358 conseillers régionaux qui dans les années à venir vont jouer un rôle déterminant dans l’adoption des budgets au sein des exécutifs régionaux. Cela pose concrètement la question des coalitions et des compromis à rechercher pour éviter des blocages qui alimenteraient une défiance encore plus forte vis-à-vis de la capacité à gouverner des responsables politiques.

Les pays nordiques sont dans une situation politique similaire avec une culture institutionnelle très différente. Situation politique similaire car l’extrême-droite y est très forte et enracinée ; culture institutionnelle différente car les régimes politiques sont indexés sur un mode de scrutin proportionnel favorisant les compromis et les coalitions. C’est le cas en Suède où l’extrême-droite est représentée au Parlement avec un peu moins d’une cinquantaine de députés. Cette extrême droite est identitaire, quand la nôtre est empreinte de nostalgie coloniale. C’est en cela qu’elle est dangereuse. Nous devons apprendre des pays nordiques pour savoir ce qu’il est possible de faire.

Retrouvez l’intégralité de mon article sur le site Globaliz Now.

Jean-Marie Le Pen devient-il le meilleur ennemi du Front National ?

J’ai récemment écrit une tribune publiée sur le site de Politique Matin suite l’éviction du Président d’Honneur du Front National. 

Pour lire cette tribune sur le site de Politique Matin, cliquez ici.

« Le Front National vit une époque sacrificielle paradoxale : comment réaliser le meurtre du père pour instituer définitivement la légitimité de la dynastie Le Pen ?

Jean-Marie Le Pen, un bouc émissaire ?

René Girard a tout au long de son œuvre insisté sur la dimension symbolique et sacrificielle du bouc-émissaire. Pour un Jean-Marie Le Pen qui a toujours désigné les étrangers comme étant les responsables des maux de la France, le destin a un parfum d´ironie. Au-delà de la mise en scène spectaculaire de la dynastie Le Pen en allant de la fille un temps légitimiste jusqu´à la petite-fille qui soigne l´héritage des valeurs, on peut se demander si cette mise à l´écart est de l´ordre de la régénération symbolique du parti ou au contraire si elle participe d´un tournant idéologique de cette formation engrangeant des succès électoraux successifs.

C´est un sacrifice nécessaire non pas sur l´autel des idées mais sur la stratégie politico-médiatique engagée par Marine Le Pen souhaitant joindre la protestation des « sans grade » (terme utilisé par Jean-Marie Le Pen le soir du 21 avril 2002) délaissés par la mondialisation à la strate historique des électeurs du Front National. Le Front National a changé de stratégie en adaptant à la marge son fonds de commerce idéologique. L´antisémitisme disparaît pour laisser place à un discours antimusulman accroché à une valeur-phare de la république, celle de laïcité que cette formation avait pourtant attaquée en son passé.

Un parti d’extrême-droite en quête de pouvoir

Le Front National demeure un parti d´extrême-droite en quête de pouvoir. Si l´éviction de son président d´honneur est inéluctable, elle n´en demeure pas moins un mal nécessaire. Jean-Marie Le Pen se trouve extérieur à son propre parti, son produit qu´il a mis toute une vie à créer au service de sa personne sans forcément penser à diriger le pays. Une formation politique centrée autour d´un chef a dû mal à survivre si elle ne crée pas des strates intermédiaires (une organisation avec des cadres et une structuration des mouvances qui lui sont liées).

L´éviction de Jean-Marie Le Pen devient une chance inespérée de mettre à exécution le meurtre parfait et de préparer un enterrement politique avant la lettre. En ce sens, Jean-Marie Le Pen est l´allié sacrificiel de cette mutation à ceci près que sa révolte mal contenue pourrait entamer une partie de la crédibilité de cette formation politique. Cependant, dans un pays qui n´est pas avare de scandales politiques, ce meurtre n´est en réalité pas gênant, il contribue plutôt à susciter un intérêt envers ce parti qui s´implante durablement dans le paysage politique français. »