Mon intervention lors de l’Audition de M. Michel Cosnard en Commission des affaires culturelles

Je suis intervenu le mercredi 7 octobre dernier en commission des affaires culturelles lors de l’audition de M Michel Cosnard dont la nomination en qualité de président du Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES) est envisagée par le Président de la République.

Vous trouverez ci-dessous mon intervention lors de cette audition:

« Le HCERES contribue à implanter une culture de l’évaluation, une culture de la déontologie – pour faire écho au projet de loi relatif à la déontologie des fonctionnaires actuellement examiné en séance publique.

Le paysage universitaire a évolué : autonomie des établissements, compétition européenne et mondiale accrue, importance croissante du classement de Shanghai, qui devient l’équivalent pour le niveau universitaire du classement PISA pour le secondaire. L’évaluation est un point central et sensible dans le recrutement et le travail des enseignants-chercheurs. 

L’impartialité des évaluations de l’AERES était reconnue. L’Association européenne pour l’évaluation a décidé de transférer au HCERES le label que l’agence avait acquis en 2011. Comment le Haut Conseil va-t-il réintégrer cette culture de l’évaluation ?

Il est appelé à jouer un rôle essentiel dans l’évaluation de l’organisation de la recherche et je souhaiterais revenir sur la manière dont il se positionnera par rapport à l’Agence nationale de la recherche, dans la mesure où certains secteurs disciplinaires peinent à voir leurs dossiers retenus par cette instance, je pense en particulier aux sciences de l’univers. Comment, d’après vous, le HCERES peut-il avoir une influence positive sur le fonctionnement même de la recherche et le choix des dossiers ?

Ma dernière question rejoint celle de ma collègue Isabelle Attard. Les plateformes payantes auxquelles s’abonnent les bibliothèques me paraissent antinomiques avec la déontologie de l’enseignement et de la recherche et l’impartialité que le Haut Conseil défend. Comment vous positionnez-vous face à ce phénomène ? »

Pour une approche comparée des faits génocidaires

Le jeudi 16 avril dernier, j’ai participé à un colloque international sur les faits génocidaires. Vous trouverez ci-dessous mon intervention complète.

« Avec le centenaire de la Première Guerre Mondiale, les revendications mémorielles se sont multipliées à l’heure où notre récit national s’essouffle et a besoin de renouveau comme l’entendait l’historien Dominique Borne en s’adressant au groupe socialiste de l’Assemblée Nationale, il y a quelques semaines (Dominique Borne, Quelle histoire pour la France ?). Le récit national doit intégrer d’autres dimensions et d’autres groupes sociaux pour faire sens. Dans le même temps, le philosophe Paul Ricoeur avait alerté sur le risque d’avoir une politisation de la mémoire (Paul Ricoeur, La mémoire, l’histoire, l’oubli), d’où la nécessité d’observer une certaine justesse dans l’évaluation du récit historique. Dans la lignée de Paul Ricoeur, Johann Michel évoque la manière dont une gouvernance mémorielle a émergé depuis le début des années 1990. En fait, au-delà des récits historiques, Johann Michel a montré qu’il y avait eu une apparition d’ « entrepreneurs de la mémoire, » c’est-à-dire d’institutions qui portent sur la scène publique une exigence de reconnaissance de certains conflits historiques majeurs (Johann Michel, Gouverner les mémoires, les politiques mémorielles en France). D’une certaine manière, on pourrait dire que le génocide assyro-chaldéen a toute légitimité à être reconnu alors qu’il ne s’est pas déroulé sur notre sol.

Compte-rendu de mon intervention lors de la célébration des 25 ans de l’AEFE

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Le 10 avril, j’ai participé à une table ronde animée par Ivan Kabacoff (responsable de la communication chez TV5 Monde) sur le numérique lors de la célébration des 25 ans de l’AEFE, en direct du lycée français de Stockholm.

Il s’agissait de présenter les innovations des lycées de ma circonscription et les défis qu’engendre le numérique pour l’enseignement français à l´étranger. Le mathématicien Cédric Villani a introduit cette table ronde en insistant sur le désir de recherche qui pouvait davantage être suscité au niveau de lycée. Le réseau des lycées présente l’avantage de compter des élèves curieux et ouverts sur d’autres perspectives pour envisager le rapport au monde. Dans ce cadre, l’encouragement à la recherche peut être favorisé car c’est ce qui stimule la créativité dont nous avons besoin. Cédric Villani a également mis en avant le rôle essentiel des proviseurs des établissements de l’AEFE dans la conduite des projets d’établissement alliant professeurs et élèves. Sans cette orchestration, les lycées ne pourraient pas avoir ce rôle d’avant-garde.

Pour ma part, après avoir consulté les proviseurs des établissements de ma circonscription, j’ai retracé la brève histoire des investissements des lycées de l’AEFE dans le numérique. À mon sens, nous avons assisté à une double vague avec d’une part les équipements en panneaux interactifs (ce qu’on appelle les TBI) qui demandent une formation du personnel à leur utilisation et l’apparition des tablettes, notamment pour les écoles primaires et les collèges. L’avantage des TBI est qu’ils transforment la classe en un véritable espace interactif et collaboratif et qu’ils favorisent des pratiques de pédagogie inversée essentielles à un apprentissage dynamique (voir la réponse à ma question écrite sur ce sujet en cliquant ici). Les tablettes numériques individualisent davantage l’espace d’apprentissage et me semblent plus adaptées à l’école primaire et au collège où les rythmes d’acquisition diffèrent d’un élève à un autre. En outre, ces tablettes peuvent favoriser l’apprentissage des élèves ayant un handicap. Ce dernier aspect m’intéresse au plus haut point puisque c’était l’une des priorités de ma réserve parlementaire 2015. J’ai conclu mon intervention sur une note plus nuancée en insistant sur le fait que l’impératif numérique ne devait pas être la seule stratégie de modernisation des lycées du réseau. Il est important de renforcer l’approche traditionnelle d’éducation aux médias et du dialogue car c’est de cela dont les élèves ont besoin. Nous avons en plus des outils extraordinaires comme le CLEMI qui travaille sur la semaine de la presse et propose une multitude d’activités en lien avec cette éducation aux médias. Le numérique est aussi un risque comme l’a montré le piratage de la chaîne TV5 Monde et comme l’avait rappelé Michèle Hermès-Jacobs (directrice de la francophonie et des relations institutionnelles chez TV5 Monde) lors de la table-ronde précédente. De plus, le conflit à Radio-France démontre qu’une stratégie uniquement numérique est un leurre, il faut favoriser une approche par les fréquences et les ondes et favoriser l’éducation aux médias dans leur pluralité. Le philosophe Gilbert Simondon évoquait dans son ouvrage Du mode d´existence des objets techniques la nécessité de susciter une culture des objets techniques, je pense que ce souhait peut être étendu de nos jours aux objets numériques. Sachons développer « l’assemblage », comme le dirait le sociologue Bruno Latour, entre ces équipements techniques et la créativité humaine et nous aurons l’ambition d’attirer davantage d’élèves du réseau vers la recherche fondamentale en plusieurs langues comme le souhaitait Cédric Villani.

Stratégie territoriale de la recherche sur la transition énergétique

M. Christophe Premat attire l’attention de Mme la ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie sur les conditions de mise en œuvre de la stratégie nationale de la recherche énergétique et de mobilisation des acteurs territoriaux de la recherche après l’adoption en première lecture de la loi sur la transition énergétique. Ainsi, si le ministre chargé de l’énergie et celui chargé de la recherche arrêtent la stratégie nationale de la recherche énergétique, qui constitue le volet énergie de la stratégie nationale de la recherche, il convient toutefois de mobiliser et de coordonner les acteurs territoriaux de la recherche afin qu’ils se saisissent de cette stratégie, depuis sa conception jusqu’à sa mise en œuvre sur les territoires. À cet égard, les établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel concourent déjà à la coordination de tous les acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche, en particulier au travers des communautés d’universités et établissements (COMUE) introduites par la loi n° 2013-660 du 22 juillet 2013 relative à l’enseignement supérieur et à la recherche. Les COMUE définissent en effet une politique de site capable de déployer une véritable stratégie territoriale d’enseignement supérieur et de recherche. Il souhaiterait savoir si elle compte s’appuyer sur les universités et les organismes de recherche, qui jouent un rôle d’intégrateur de recherche sur les territoires et répondent à l’enjeu d’interdisciplinarité en matière de recherche sur la transition énergétique.

Retrouvez cette question écrite sur le site de l’Assemblée Nationale.

Quel avenir pour le programme Jules Verne?

Le 17 juin, j’ai posé une question écrite à Monsieur Benoit Hamon, ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche sur le programme Jules Verne.

M. Christophe Premat attire l’attention de M. le ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche sur les conditions de participation du programme Jules-Verne. Ce programme permet aux enseignants titulaires du premier et du second degré de l’enseignement public d’exercer dans un établissement étranger pendant une année scolaire. Il entend encourager et soutenir la mobilité des enseignants des filières générales, techniques et technologiques. Lors de l’annonce des objectifs 2013, trois composantes ont été formulées par le ministre de l’éducation nationale. La composante n° 1 « Mobilités enseignantes dans des établissements scolaires étrangers du premier et second degré » souligne que, lors de la mise à disposition d’enseignants des premier et second degrés auprès d’une structure éducative partenaire, la réciprocité est « souhaitée ». Cette réciprocité est possible seulement dans le cas d’accord en amont entre l’académie et le pays d’accueil. Cette demande de réciprocité ne peut pas être imposée aux partenaires étrangers sans une réelle négociation avec les partenaires avant l’envoi d’un professeur en programme Jules-Verne. La réciprocité pose deux problèmes majeurs : un problème de législation et un problème d’acceptation. Au Royaume-uni un professeur ne peut enseigner que s’il est enregistré auprès du General teaching council, une procédure longue et complexe. Dans un second temps, il n’est pas acceptable pour les parents étrangers que les enfants se voient enseigner une matière non linguistique par un enseignant qui ne maîtrise pas complètement la langue du pays partenaire. Le seul cas où cela pourrait être bénéfique pour la partie française et le partenaire est si le professeur enseigne dans une section bilingue à l’étranger. C’est uniquement dans ce cas-là qu’une négociation en amont de la mission du professeur, qui est actuellement uniquement sélectionné par la partie française sans demander l’avis du partenaire, est envisageable. Il souhaite connaître les orientations du ministère de l’éducation quant à l’hypothèse d’une évaluation du programme Jules-Verne, incluant les enseignants ayant profité du programme et les partenaires concernés, afin de réorienter les cibles et les objectifs dans un souci d’efficacité et de réduction des coûts.